Bienvenue sur le blog de L'ALGUE D'OR

Chers amis,

Nous vous souhaitons tout d’abord une excellente année, celle de notre 10ème anniversaire !

Avec de bonnes lectures francophones, bien sûr ! 

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Ce mois-ci, pour continuer notre sélection, en vue du Prix 2019, nous vous présentons deux nouveaux romans, l’un asiatique, l’autre africain, de style très différents mais qui ont en commun une remarquable qualité d’écriture et une grande sensibilité

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Auparavant, notre rappel de la règle du jeu ..

> Dès qu'un roman vous a plu, vous pouvez nous envoyer votre coup de cœur par courriel à lalguedor@live.fr ou à lalguedor@orange.fr,  ou sous la forme d'un commentaire sur la première page de ce blog ou en intervenant sur notre page Facebook ou notre compte Twitter, ou encore, si vous habitez à proximité, en remettant une feuille de papier avec votre nom et l'indication de vos choix à la librairie L'Encre Marine de Saint-Briac-sur-mer.

> Vous pouvez envoyer un coup de cœur pour chaque livre que vous avez apprécié sans avoir eu besoin de lire auparavant tous les autres ni sans attendre de connaître les suivants. 

NOS DEUX NOUVEAUX ROMANS

DE PURS HOMMES de Mohamed Mbougar SARR, Sénégal (Philippe Rey, 191 pages) 

Le récit que conte De purs hommes  est narré par son protagoniste, Ndéné Gueye, un jeune professeur de lettres sénégalais, fatigué par l’hypocrisie morale de la société qui lui interdit d’évoquer dans ses cours de grands auteurs français, tels que Verlaine, en raison de leur homosexualité alors que lui ne voit que le génie de leur œuvre. Ndéné n’est cependant pas encore vraiment révolté au début du roman. Il serait même, plutôt, un peu homophobe. L’événement déclencheur est l’existence d’une vidéo virale qui circule sur le web montrant une terrible scène : le déterrement d’un homosexuel enseveli dans un cimetière musulman où il ne saurait avoir sa place puis traîné à l’extérieur par la foule. C’est la petite amie du héros, une personne aux mœurs très libérées, qui, profondément choquée, lui met les images sous les yeux.  Ndéné ne réagit pas assez vite selon elle, provoquant son indignation. Progressivement le garçon prend conscience de la monstruosité d’une exclusion qui va jusqu’à juger des personnes non seulement pécheresses, au regard de la religion, mais définitivement indignes d’appartenir à l’espèce humaine, et à les traiter, de ce fait, comme des parasites.

Plus encore que la dénonciation d’un dogmatisme mortifère, si éloigné des valeurs ancestrales de l’Afrique profonde mais qui n’épargne pas celle-ci, c’est le long cheminement intérieur du jeune enseignant que décrit de manière prenante le roman. Des moments, également d’une grande intensité, font intervenir d’autres personnages intéressants, tel cet imam père du héros, qui est assez ouvert pour implorer la clémence d’Allah à la mort d’un « homme-femme » selon l’expression employée, quitte à se le faire aussitôt reprocher. Cependant c’est le même père qui avoue à son fils que s’il le savait atteint de la maudite tare, il le tuerait. On découvre l’homosexualité bien cachée de certains responsables. Les femmes semblent davantage dominées par un sentiment d’amour : la mère si touchante de celui qui a été violemment exhumé, celle de Ndéné, les plus jeunes au comportement moderne dont certaines paraissent même ne pas redouter d’afficher leur bisexualité, sans doute moins réprimée que l’homosexualité masculine.

Le message instructif et poignant du livre de Mohamed Mbougar Sarr est, une fois de plus, celui de l’emprise que le fanatisme de tous ordres - religieux dans le cas présent - peut parvenir à exercer sur un peuple comme les autres. Ce que montre plus encore ce roman et qui fait son originalité,  c’est la difficulté personnelle, même pour un être cultivé, de ne pas se laisser prendre au piège mais de réagir intérieurement et vis-à-vis des autres, au risque de mettre en péril sa sécurité.

FUKI-NO-TÔ de Aki SHIMAZAKI, Canada/Japon (Leméac/Actes Sud, 143 pages) 

Dans Fuki-no-tô,  nom d’une fleur, une constante de ses écrits, Aki Shimazaki, nous livre l’aventure d’une femme qui a accompli son rêve de diriger une petite ferme biologique, grâce à un mari très amoureux, dévoué, prêt à tout sacrifier pour elle et préserver son couple. L’homme a ainsi changé de situation professionnelle et rompu avec la maîtresse, particulièrement séduisante, qu’il fréquentait secrètement. Atsuko, la protagoniste, a deux enfants qui ne suscitent aucun problème. La famille est idéale. Mais voilà ... Son existence est soudainement bouleversée par des retrouvailles imprévues avec son amie d’enfance, envers qui elle a toujours eu une forte attirance, plus que partagée. Son époux va jusqu’à encourager, sans crainte, leur rapprochement.

Aki Shimazaki, fidèle à son style, procède à travers la succession juste assez détaillée de faits mais surtout la découverte d’une évolution intime de ses héros, narrée très simplement, sans aucune emphase. Il est impossible de ne pas être sensible à leurs tourments, à leurs conflits intérieurs, énoncés tout en finesse et sans ambages.

Fuki-no-tô  constitue une nouvelle composante de l’édifice littéraire de l’écrivaine japonaise qui vit depuis 1991 au Canada. Mitsuba a obtenu le premier prix de l’Algue d’Or en 2009 et plusieurs des titres suivants ont fait partie de nos sélections. Comme toujours, les pièces s’emboîtent et les lecteurs fidèles peuvent trouver, à travers l’évocation de personnages, plus ou moins secondaires, des références aux ouvrages antérieurs. Toutefois, chacun de ces courts romans, à peine plus long qu’une nouvelle, peut se lire en ignorant tout des précédents. A chaque fois, il s’agit de découvrir un aspect de la société nippone, de sa culture, en suivant l’histoire des acteurs du récit. Le point commun qui ne cesse de captiver est l’analyse de la subtilité des sentiments, de la délicatesse des attitudes et la révélation de l’attachement profond à l’ordre moral qui pèse sur les comportements.

RAPPEL DES AUTRES TITRES DE NOTRE SELECTION

UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS  de Wilfried N’SONDÉ, Congo (Actes Sud, 269 pages) 

A la fin du XVIe siècle, le Congo alors appelé Kongo a été christianisé par les Portugais. Ceux-ci obtiennent du roi du pays et de ses successeurs l’organisation d’un trafic d’esclaves en échange de la mise à disposition d’ouvriers spécialisés dans le travail du cuivre et du bois ainsi que du don de divers biens. Un jour toutefois, le souverain régnant, conscient de l’atrocité qui se produit à l’encontre de son peuple et peu confiant dans son entourage, fait venir un modeste prêtre très éloigné des vices de la capitale et connu pour son innocence afin de le charger d’une mission secrète: se rendre auprès du pape, seul capable de faire jouer son autorité pour que soit mis fin à cet ignoble commerce d’êtres humains. Ce monarque qui espère aussi obtenir que le Kongo, reconnu par le Vatican comme première nation catholique d’Afrique, s’affranchisse définitivement de la tutelle portugaise, fait appel au roi de France, Henri IV, pour assurer le voyage de son émissaire. Une longue traversée va commencer pour celui-ci. L’épopée qui durera des mois sera rude et hasardeuse jusqu’à la fin du roman.

C‘est le jeune ecclésiastique qui raconte. Quand il découvre que le bateau qui le transporte doit effectuer un détour Outre-Atlantique pour livrer une cargaison d’esclaves, ses frères de couleur, hommes, femmes et enfants, retenus dans la cale, l’abomination sous ses pieds ne fait que justifier davantage la mission qu’il doit remplir coûte que coûte. L’expédition connaît de nombreux aléas. Les atrocités se multiplient et aussi les intrigues. Le prêtre ne lâche pas prise. Le Dieu d’amour auquel il croit fermement, ses ancêtres qui l’assistent comme tout Africain le sait et un jeune mousse énigmatique devenu son ami sont ses alliés dans l’épreuve.

Dans le roman de Wilfried N’Sondé, dont nous avions déjà apprécié Fleur de Béton et Berlinoise, au-delà d’un récit d’aventures palpitant, on trouve une réflexion vibrante sur les rivalités de domination, la quête du profit au mépris de victimes traitées comme des marchandises et aussi le détournement de la religion, sous forme d'intégrisme,  à l'heure de l'Inquisition. A travers ce regard sur une époque, l’auteur met en lumière jusqu’où, dans la nature même de l’humain, peuvent aller cruauté, turpitude, fanatisme et violence mais également, ici sous la figure d’un héros – ou peut-être d’un saint-, l’esprit de sacrifice et la grandeur d’âme. Une manière de remémorer le passé mais encore d’en appeler à la conscience des sociétés d’aujourd’hui.

DIÊN BIÊN PHÙ de Marc Alexandre OHO BAMBE, Cameroun (Sabine Wespieser, 221 pages)

Alexandre a fait la guerre en Indochine, motivé surtout par une existence sans espoir. Bien vite il s'est convaincu que la guerre était absurde et il s'est mis, au contact de la population, à partager la volonté d'indépendance du pays. Longtemps après son retour, il n'a toujours qu'un rêve, celui de retourner au Vietnam, pour retrouver Maï Lan, la "fille au visage lune" qu'il a connue durant le conflit et dont il est alors tombé éperdument amoureux, un sentiment partagé. La jeune femme ne l'a cependant pas suivi, en raison de son attachement à son propre peuple.

Pendant vingt ans, Alexandre a repris sa vie en France, aux côtés de son épouse pour qui il n'a jamais éprouvé de sentiments aussi forts, élevé avec elle leurs enfants, continué de voir Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais qui lui a sauvé la vie et avec qui l'amitié sincère s'est poursuivie. Mais le souvenir de Maï Lan l'obsède toujours. C'est pourquoi il finit par mettre à exécution son projet un peu fou de partir à la recherche de son grand amour. On le suit, dans ses démarches incertaines. Le lecteur se laisse séduire par le déroulement de cette quête inlassable dont on ne révélera pas ici l'issue assez inattendue.

Le récit, d'une très belle écriture, est rythmé par les poèmes qu'Alexandre n'a eu cesse de composer en pensant à sa lointaine égérie, durant les deux décennies. Il se dégage du roman un charme à la fois poétique et musical. Rien de surprenant de la part de l'auteur, Marc Alexandre Oho Bambe, lui-même poète et slameur qui se produit aujourd'hui sur les scènes du monde entier.

MANGER L'AUTRE d’Ananda DEVI, Maurice (Grasset, 218 pages) 

Qu'un enfant vienne au monde avec un poids anormalement élevé puis ne cesse de grossir au point de devenir énorme ne relève pas de la pure imagination. Pour rare qu'il soit, le phénomène existe bien dans la réalité. Ananda Devi s'en est inspirée comme point de départ de son roman. D'un bout à l'autre, elle se met dans la peau de l'héroïne et donne à partager sa souffrance. L’histoire  commence dans le réalisme pour s'achever sur un geste de désespoir digne d'un film d'horreur. Cela n'en rend pas moins sa lecture prenante, bien au contraire.

La mère de la protagoniste l'abandonne tout de suite, incapable de surmonter l'épreuve, tandis que son père , qui veut lui vouer tout son amour, agit de manière maladroite et étouffante. Les camarades de classe font preuve d'ironie et de cruauté. Réfugiée dans l’imaginaire la jeune fille s'est inventé une sœur qu'elle aurait dévorée dans le ventre maternel et qui lui parlerait comme une sorte de double d'elle-même. La suite va de l'espoir d'une conquête de soi à la survenue d'un drame sur fond d’Internet perçu comme un Minautore dévoreur de jeunes âmes.

Ce récit, qui a déjà obtenu le prix 2018 au Festival Etonnants Voyageurs, ouvre de multiples pistes de réflexion sur le vécu tragique d'un handicap majeur, ses conséquences sociales et des réactions psychologiques poussées à l’extrême. A travers une écriture moderne, sans retenue, n'hésitant pas à user de descriptions très crues dont la brutalité peut sans doute parfois heurter, il met en relation un mythe antique et des défis contemporains. Ce faisant, il dénonce l'intolérance de nos sociétés actuelles comme les effets dévastateurs de l'usage immodéré des réseaux sociaux. Il dérange utilement.

À bientôt !

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Marie Bérel | Réponse 12.06.2018 08.27

Un coup de cœur pour Suisen d’Aki Shimazaki

L'ALGUE D'OR 15.06.2018 00.22

Merci. Votre coup de coeur est enregistré

Henri Berger | Réponse 07.06.2018 00.15

SUISEN de Aki SHIMAZAKI

L'ALGUE D'OR 07.06.2018 15.08

Merci. Votre coup de coeur est enregistré

Françoise Decoster ville | Réponse 25.05.2018 11.48

Deux coups de coeur :crépuscule du tourment 2 et sa mère .

L'ALGUE D'OR 26.05.2018 02.10

Merci. Vos coups de coeur sont enregistrés.

JACQUES MARRIOT | Réponse 20.05.2018 17.49

J'ai trois coups de coeur parmi les livres que j'ai pu lire : DOUCES DEROUTES, LES LENDEMAINS D'HIER et TOUT HOMME EST UNE NUIT

L'ALGUE D'OR 20.05.2018 17.52

Merci. Vos coups de coeur sont enregistrés

DENIS TRAVERS | Réponse 20.05.2018 00.13

Mes coups de coeur vont à CREPUSCULE DU TOURMENT, L'EMPEREUR A PIED, MARX ET LA POUPEE et SUISEN. J'apprécie de pouvoir choisir plusieurs romans !

L'ALGUE D'OR 20.05.2018 00.16

Merci pour vos coups de coeur qui sont enregistrés. Nous sommes heureux que la formule vous convienne

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Commentaires

14.07 | 00:56

Merci à vous !

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13.07 | 21:26

merci pour cette rencontre avec les briacins et briacines
avec les membres du jury et à tous les lecteurs et lectrices

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15.06 | 00:22

Merci. Votre coup de coeur est enregistré

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12.06 | 08:27

Un coup de cœur pour Suisen d’Aki Shimazaki

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