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LA NOUVELLE FORMULE DE L'ALGUE D'OR

 

 

LES CONSEILS DE LECTURE DE FEVRIER 2017 :

 

 > MANUEL D'EXIL de Velibor ČOLIć, Bosnie

 > PETIT PAYS  de Gaël FAYE, Rwanda 

 

LE RAPPEL DE CEUX DE JANVIER 2017, DECEMBRE, NOVEMBRE ET OCTOBRE 2016 :

 

DESORIENTALE de Négar DJAVADI, Iran

TUNISIAN YANKEE de Cécile OUMHANI, Tunisie-Belgique-Royaume Uni 

CE VAIN COMBAT QUE TU LIVRES AU MONDE de Fouad LAROUI, Maroc

CHANSON DOUCE de Leïla SLIMANI, Maroc

> CREPUSCULE DU TOURMENT de Leonora MIANO,Cameroun

> ENFANTS DU DIABLE de Liliana LAZAR, Roumanie

> LES PUTES VOILEES N'IRONT JAMAIS AU PARADIS ! de Chahdortt DJAVANN, Iran

> VI de Kim THùY, Vietnam

 

FAITES-NOUS PART DE VOS "COUPS DE COEUR"POUR CEUX DE CES DIX ROMANS QUI VOUS PLAISENT, EN BAS DE CETTE PAGE    

 

RETROUVEZ DANS LE SOMMAIRE: LE JURY, LA PRESENTATION DE L'ALGUE D'OR ET TOUS NOS ROMANS SIGNALES LES ANNEES ANTERIEURES DEPUIS 2012

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LA NOUVELLE FORMULE 

Créée en 2008, l’Algue d’Or a pour objectif de promouvoir les romans de qualité écrits en français par des auteurs d’origines autres que française, publiés récemment. Grâce à son prix et à ses conseils de lecture dans sa lettre d’information et sur son blog, elle a déjà fait découvrir près de quatre-vingts ouvrages répondant à ces critères et suscité des rencontres avec quelques auteurs.

Ce qui change ...

Depuis 2012, étaient distingués deux prix, celui du jury et celui du public, l’un et l’autre choisis dans une sélection de cinq titres établie par le jury. Dorénavant, cette dualité n’existera plus et le public sera encore plus associé au choix du prix redevenu unique.

Le jury continuera d’exercer son rôle de « chasseur de titres » en examinant  une quarantaine d’ouvrages chaque année pour en retenir une quinzaine mais, dorénavant, le public pourra se prononcer, au fil des mois, sur ceux proposés dans la lettre mensuelle et sur le blog, sans devoir se limiter à  la sélection plus restreinte qui n’existera plus. On ne parlera plus de votes mais de « coups de cœur », ce qui permettra à chaque lecteur de dire son intérêt pour un ou plusieurs des ouvrages de la liste sans devoir attendre de les avoir tous lus, en le faisant savoir, en une fois ou au fur et à mesure, jusqu’à la fin juin, sur ce blog ou par courriel à lalguedor@live.fr, sur Facebook ou encore à la librairie briacine L’Encre marine.

C’est en prenant pleinement en considération les coups de cœur du public que le jury décernera le prix dont la proclamation aura toujours lieu sur la place du Centre de Saint-Briac mais à la mi-juillet afin de permettre à ceux qui ne l’auront pas encore découvert, d’en faire leur livre de vacances. Les romans ayant obtenu presque autant de réactions favorables des lecteurs seront également signalés.  

Autre innovation : le jury souhaite pouvoir inviter un certain nombre d’écrivains francophones à venir à Saint-Briac, éventuellement en profitant de leur présence dans la région. Le projet est encore à l’étude mais devrait pouvoir se concrétiser avant l’été. 

« Nous faisons évoluer nos modes d’action mais notre but reste le même: il est plus que jamais de mettre en lumière la vitalité du français dans le monde littéraire d’aujourd’hui, d’encourager les auteurs à adopter notre langue pour exprimer leur talent et le public à apprécier leurs meilleurs ouvrages » Le jury.

LES CONSEILS DE LECTURE DE JANVIER 2017

MANUEL D'EXIL

de Velibor ČOLIć, Bosnie (Gallimard, 200 pages)

Homme de lettres bosniaque réputé, le protagoniste de ce roman est amené, à la suite de sa désertion de l'armée dans laquelle il avait été enrôlé de force, à rechercher asile en France. Il se retrouve dans un foyer de demandeurs de la ville de Rennes où il a quelque difficulté à admettre son entrée dans une nouvelle vie, celle de réfugié. Si le statut lui est accordé, il doit, comme ses semblables, rechercher les moyens de subsister et de s'intégrer. De plus, il a la ferme ambition de renouer avec l'écriture, lui qui a étudié les auteurs français et admire la culture française sans en maîtriser encore la langue.  

Son aventure personnelle lui fera rencontrer de multiples personnages, souvent pittoresques. Elle l'amènera à exercer des métiers pour lesquels il n'a guère d'aptitude, à se rendre à Paris et à entreprendre un voyage vers l'Est, jusqu'en Hongrie, au moment où les migrations se produisent plutôt en sens opposé. Petit à petit, malgré les épreuves et des périodes de découragement, il parviendra à reconquérir sa notoriété d'écrivain. C'est en Bretagne qu'il s'installera définitivement et exercera son talent.  

De Velibor Čolić, nous avions sélectionné en 2015 Ederlezi - l'étrange histoire d'un orchestre tzigane à travers les ans, dont l'une des originalités était d'être contée au rythme de la musique de ce peuple - qui nous avait déjà démontré les talents littéraires de l'auteur. Celui-ci nous revient avec ce Manuel d'exil  dont le sous-titre Comment réussir son exil en trente-cinq leçons illustre les intentions. S'agit-il vraiment d'un manuel et celui-ci est-il réellement porteur de leçons ? On découvre plutôt dans le livre l'épopée du narrateur contée, étape par étape, à la manière d'un journal, avec ce qu'il faut de descriptions, de portraits et d'images pour mériter la qualification de roman. Le plaisir qu'on éprouve à sa lecture tient surtout à la pertinence des regards de Velibor Čolić et à la force de ses ressentis. 

PETIT PAYS 

de Gaël FAYE, Rwanda (Grasset, 217 pages)

Auteur-compositeur-interprète, Gaël Faye livre avec Petit pays son premier roman. Le pays dont il s'agit est le Burundi, où vit le narrateur, Gabriel que l'on appelle Gaby. Si le récit est rapporté vingt ans après son déroulement, le mode d'expression demeure celui du très jeune garçon qui conte son histoire au présent. Né d'un père français ayant de l'Afrique la vision pure et dure du vieux colon qui exerce sur lui une influence déterminante, et d'une mère tutsi réfugiée du Rwanda et attachée à ses racines, Gaby vit, dans une impasse apparemment préservée, au milieu d'autres jeunes pour la plupart également métis, d'abord divisés mais devenant solidaires quand il s'agira de préserver leur oasis. 

Le contexte est celui, authentique, des drames successifs qui frappent la région des Grands Lacs, du génocide rwandais commis par les Hutus aux massacres dont les Tutsis se rendent coupables de l'autre côté de la frontière. On connaissait  déjà le déroulement sanglant de ces drames qui ont horrifié la terre entière mais ce qui constitue l'originalité du roman, ce qui le rend émouvant et attachant, est le regard d'enfants mûris avant l'âge, porté sur la réalité de la tragédie et sur les rapports entre les différentes populations concernées ainsi que leur volonté de s'engager pour défendre leur territoire, fût-ce au prix de la violence. 

A travers une aventure pleine de rebondissements, dont chacun des acteurs est campé tout en finesse, le lecteur revit en profondeur un épisode parmi les plus tragiques de l'histoire contemporaine, en en découvrant des dimensions cachées, profondément bouleversantes. On soulignera aussi la qualité de l'écriture de ce roman qui a reçu le Prix Goncourt des Lycéens.   

LES CONSEILS DE LECTURE DE JANVIER 2017

DESORIENTALE de Négar DJAVADI, Iran (Liana Levi, 350 pages)

Dans une salle d'attente bondée de l'hôpital Cochin, Kimiâ, un long tube en carton rempli du germe de celui qui sera le géniteur de son enfant, meuble le temps qui s'écoule en s'adressant au lecteur avant d'être appelée à son tour. Elle lui raconte sa vie, depuis sa naissance en Iran, dans une famille aisée, de parents intellectuels opposants au Shah puis à l'Ayatollah Khomeiny - comme l'auteure du livre elle-même. Pour échapper à la menace de persécution, les parents et leurs trois filles ont dû s'exiler clandestinement en France. La narratrice remonte aux tribulations de ses ancêtres en mettant en scène les membres de sa famille depuis trois générations, de la quasi-féodalité à l'Iran 

d'aujourd'hui. Mais Kimlâ est aussi devenue une fille de l'Occident contemporain. Dès qu'elle l'a pu, elle a pris sa liberté pour se lancer dans l'aventure, l'ivresse de la jeunesse des années rock et punk, cherchant à tirer un trait sur le passé et à s'assumer telle qu'elle est. Le néologismedésorientale vient de là.

L'histoire nous fait en même temps que découvrir la spécificité de la culture iranienne avec ses croyances, mieux comprendre la réalité des bouleversements successifs qui ont marqué le pays comme les réactions populaires face à la montée des totalitarismes successifs. Par souci de précision, les références aux événements ou aux traditions sont complétées par de nombreuses notes de bas de page.

Négar Djavadi, scénariste de cinéma avant de se lancer dans son premier roman, manie avec dextérité les retours en arrière. Elle parsème son livre de séquences fortes, comme celles d'un film dramatique. Sa construction originale, l'emploi de métaphores généralement empruntées au septième art ou à l'informatique, apportent une légèreté de ton qui favorisent la lecture d'un texte très dense. L'auteure qui a déclaré avoir voulu conjuguer "une façon très iranienne, très orientale, de raconter les histoires à travers de nombreuses digressions et l'intimisme propre à la littérature française " a réussi l'exercice. 

TUNISIAN YANKEE de Cécile OUMHANI, Tunisie-Belgique-Royaume Uni (Elyzad, 284 pages)

Daoud est un jeune Tunisien né à la fin du dixième-neuvième siècle, à l'heure du Protectorat français. Son engagement dans les premiers mouvements de libération l'obligera à fuir son pays pour les Etats-Unis où il deviendra Darwood. Lorsque son nouveau pays entrera dans le Premier conflit mondial, il participera au débarquement des troupes américaines en France et c'est à la suite d'un acte de bravoure qu'il se retrouvera grièvement blessé dans le département de l'Oise. De l'hôpital de fortune où il attend de savoir s'il devra être amputé d'une jambe, soutenu par la morphine, il voit défiler tous les moments de sa brève existence. C'est cette histoire aux épisodes souvent douloureux, que découvre le lecteur au fil des pages. 

L'intérêt du roman réside beaucoup dans la découverte de mondes en évolution à une époque marquante de l'Histoire qui laisse entrevoir les bouleversements à venir. Il fait connaître la réalité d'un peuple tunisien sous domination, largement miséreux, tout imprégné de sa culture et déjà animé, à travers sa jeunesse, d'une volonté de libération. En suivant les étapes du récit, on perçoit la détresse des "migrants" européens du début du 20ème siècle, obligés par la misère ou l'oppression à s'expatrier dans une Amérique riche de promesses et d'exigences. Le lecteur plonge avec Daoud-Darwood dans un New York cosmopolite où coexistent des communautés de ressortissants et de réfugiés qui ont du mal à s'accepter mutuellement. L'internationalisation de la Grande Guerre conduira à des rapprochements qui transcenderont pour un temps les origines.  

Tunisan Yankee est aussi un livre attachant par les sentiments qu'il décrit tels que la pudeur du père qui ne veut pas avouer sa ruine, la solidarité entre camarades, le soutien attentif des soignants dans le pire des contextes, la sensibilité du protagoniste lui-même et surtout peut-être la tendresse de la vieille Mouldia qui a élevé Daoud après le départ de sa mère et celle des jeunes jeunes femmes délicates et lumineuses dont on comprend sans mal que notre héros tombe amoureux. Dépourvu de toute forme de mièvrerie mais réellement émouvant ce roman est celui d'un destin humain dérisoire et tragique.

LES CONSEILS DE LECTURE DE DECEMBRE 2016

CE VAIN COMBAT QUE TU LIVRES AU MONDE de Fouad LAROUI, Maroc (Julliard, 275 pages)

Prix de l'Algue d'Or en 2011 pour son roman Une année chez les Français qui nous avait séduits pour son érudition et son humour, Fouad Laroui nous offre cette fois une histoire tragique qui s'inscrit au cœur de l'actualité la plus brûlante. Ali, jeune Français d'origine marocaine qui se prépare à réussir une belle carrière dans une société d'informatique et sa fiancée, Malika, elle aussi d'origine marocaine, vivent le parfait amour à Paris jusqu'au jour où Ali se voit écarté d'un projet stratégique, probablement en raison de l'existence de son cousin Brahim dont les tendances islamistes sont notoires, mais qui se sent rejeté en tant qu'arabe, lui qui se considérait d'abord français. D'un seul coup, son univers s'effondre, il ne sait plus à quelle communauté il appartient vraiment et, petit à petit, sous l'influence croissante de Brahim, il va chercher à imposer à Malika d'autres mœurs qui font se séparer le couple et finalement il verse dans le djihadisme sans espoir de retour. 

Au-delà du drame personnel de protagonistes attachants, l'auteur fait porter son regard sur certaines des causes de la montée du fondamentalisme en France auprès des jeunes, particulièrement les divergences sur la vision de l'Histoire. Fouad Laroui observe que les Occidentaux peinent à reconnaître les apports ancestraux du monde arabo-musulman à la connaissance scientifique, surtout dans les programmes scolaires, alors que les médias arabes qu'on peut regarder à la maison n'ont de cesse de les valoriser, suscitant un premier trouble dans l'esprit des jeunes. Mais surtout, à travers son récit nourri de références historiques et contemporaines, l'auteur démontre comment les imams radicaux en arrivent à professer que la Guerre Sainte contre les Musulmans n'a jamais cessé, que le Djihad n'est que la réponse légitime et permanente de peuples opprimés et perpétuellement humiliés et que la confrontation entre Sunnites et Chiites est systématiquement exploitée par les Coalitions qui veulent dominer le monde islamique. 

Ce livre profond mais écrit dans un style alerte et dépourvu de tout dogmatisme porte beaucoup à la réflexion. 

CHANSON DOUCE de Leïla SLIMANI, Maroc (Gallimard, 227 pages)

De Leïla Slimani, nous avions signalé en 2015 Dans le jardin de l'ogre, le premier roman. Nous la retrouvons avec grand plaisir contant l'histoire de Louise, une nounou qui n'a pas eu la vie facile avec son époux et sa fille ni ses premiers employeurs et qui va de plus en plus s'attacher au couple chez qui elle travaille désormais ainsi qu'à leurs deux enfants. Elle fait preuve à leur égard d'un dévouement sans égal. Ses jeunes patrons la jugent de plus en plus indispensable et elle va ainsi devenir un élément clé de la maisonnée. Grâce à sa présence rassurante et efficace et à son savoir-faire avec la fillette et le petit garçon qui l'adorent, la mère pourra reprendre sans inquiétude son travail d'avocate et y réussir pleinement. Le père apprécie également l'équilibre que Louise procure à tous. Tout semble aller pour le mieux mais au fil des pages la dépendance réciproque qui s'est instaurée suscite de plus en plus de doutes sur la pérennité de ce conte de fées qui s'inscrit bien dans le monde d'aujourd'hui.

Chanson douce commence par la fin de l'histoire et tout le charme littéraire de ce roman bien construit et superbement écrit réside dans la lente progression des rapports entre les êtres, traités avec justesse, ainsi que dans les allers-retours éclairants entre le passé et le présent du personnage central. Ainsi, bien que connaissant l'issue tragique du récit révélée dès l'abord, le lecteur ne se lasse-t-il pas de découvrir pas à pas le long cheminement qui y conduit.

LES CONSEILS DE LECTURE DE NOVEMBRE 2016

CREPUSCULE DU TOURMENT de Leonora MIANO, Cameroun (Grasset, 280 pages)

Leonora Miano a été à plusieurs reprises déjà citée au tableau d'honneur de l'Algue d'Or avec Les aubes écarlatesCes âmes chagrines et La saison de l'aube qui reçut le Prix Fémina. Nous retrouvons avec Crépuscule du tourment son écriture claire et poétique au service d’une pensée vibrante. Ici, nous découvrons les destinées de quatre femmes contemporaines, toutes de sang africain mais nées sur divers continents et se distinguant par leurs origines familiales, leurs parcours et leurs sensibilités. A travers les monologues qui se succèdent, elles nous parlent de leur "commun dénominateur", un homme dont elles sont respectivement la mère, la compagne, l'ex-compagne et la sœur. Souvent, elles évoquent les mêmes faits mais vus sous des prismes différents qui mettent en lumière les figures qu'elles incarnent. Au-delà de leurs relations affectives, souvent sensuelles et toujours tourmentées avec ce personnage masculin qui ne les entend pas, c'est le vécu intime des souffrances et des errances de chacune de ces femmes en quête d'identité qui se dévoile à nous.

Comme dans ses œuvres précédentes, l’auteure inscrit le destin personnel des protagonistes dans une réflexion extrêmement documentée sur l'histoire et la psychologie de ceux qu’on dit « noirs » et qu’on devrait appeler « kémites ». Elle dénonce la brutalité des colonisations et des déportations et l'imposition d'un modèle exogène, insistant particulièrement sur l’acculturation dont les peuples vivant sur le « Vieux Continent » ou éparpillés au cours des siècles dans tous les coins du monde, ont été victimes.  Elle y voit la source des tourments et des contradictions qui agitent sans cesse les populations concernées et les rend difficilement gouvernables.

S’agissant plus particulièrement des femmes africaines, chacune de celles, nombreuses, que l'on croise dans le livre, se bat avec des schémas éducatifs, des préjugés de société dont les effets négatifs, sources d’antagonismes, conduisent les unes au sacrifice de leur personnalité profonde, voire à l'acceptation d'humiliations et de sévices, les autres à de l’hystérie ou du fanatisme. Mais Leonora Miano est bien consciente de la solidarité  qui devrait lier les êtres humains et plus encore les femmes héritières des belles figures de la mythologie kémite, puissantes et miséricordieuses. C'est pourquoi les pages les plus attachantes de ce livre exigeant sont sans doute celles qui exaltent la « sororité », l'union, même de brève durée, des héroïnes du récit lorsque l’une d’entre elles est persécutée et humiliée. 

ENFANTS DU DIABLE  de Liliana LAZARRoumanie (Seuil, 269 pages)

En 2010, l'Algue d'Or décernait son prix à Terre des affranchis, le premier premier roman de Liliana Lazar. Avec Enfants du diable, elle nous offre aujourd'hui une nouvelle révélation des scandales du régime de Ceausescu mais aussi la découverte d'un village rural, pauvre et isolé, situé tout au Nord du pays. La population, sans échapper à la pression totalitaire, y vit dans des conditions encore quasi médiévales et l'on ressent ici l'ambiance fantastique qui ancrait déjà le précédent ouvrage dans la culture roumaine.

L'histoire est celle d'une sage-femme peu séduisante, fonctionnaire disciplinée qui vit seule et n'a qu'un rêve, celui d'avoir un enfant à elle. Pour y parvenir, elle saura détourner clandestinement la réglementation très stricte imposée en matière d'adoption. Par crainte de perdre le trésor de sa vie, elle sera amenée, quelques années après à se faire nommer, bien loin de Bucarest, à Prigor où, en plus d'assurer toutes les missions du dispensaire, elle suscitera la création d'un orphelinat destiné à accueillir les enfants sans parents ou abandonnés comme le régime se félicite d'en créer un peu partout. Au-delà de la description désastreuse de cet établissement où règnent en fait misère et sévices ainsi que celle des drames qui se déroulent dans le village et des bouleversements que connaîtra celui-ci avec la chute du communisme, c'est le comportement de la mère adoptive prête à tout pour garder et protéger son fils qui donne son sel au récit. 

Marqué par de perpétuels rebondissements, mettant en scène des personnages, qui ne cessent de surprendre et dont certains semblent sortis de contes d'ogres plus que de fées, ce roman sombre mais palpitant, remarquablement conduit, tient perpétuellement en haleine le lecteur.

LES CONSEILS DE LECTURE D'OCTOBRE 2016

LES PUTES VOILEES N'IRONT JAMAIS AU PARADIS !  de Chahdortt DJAVANN, Iran (Grasset, 208 pages)

Chahdortt Djavann a plusieurs fois retenu notre attention avec ses romans issus de son histoire personnelle et faisant large place à la psychanalyse. En 2015, nous lui avons attribué le Prix du jury pour son captivant Big Daddy .

Elle consacre son nouveau livre toujours en forme romanesque au phénomène de la prostitution dans l'Iran d'aujourd'hui. Tandis que les autorités du pays proclament que celle-ci, illustration du plaisir interdit de la chair, a été éradiquée, l'auteure affirme tout au contraire que les filles de rue, qui n'ont qu'à lever un coin de leur tchador pour racoler, sont légion même dans une ville très religieuse comme Mashhad.

On parle de "Fessad", terme persan qui signifie la corruption, la débauche, incluant ladite prostitution. "Eliminer", verbe que l'on préfère à celui d'assassiner, les femmes qui s'y livrent est plutôt considéré comme un acte salutaire. Ainsi leur exécution sauvage ne heurte-t-elle pas les consciences et les coupables ne sont-ils pas vraiment recherchés par la police.

L'Islam est bien sûr invoqué qui est prétendu admettre la légitimité de la mort donnée aux fautives après avertissements. Pour ne pas se laisser déposséder de leur autorité, les mollahs considèrent toutefois que seuls ceux qui sont habilités à exécuter la sanction peuvent l'appliquer, ce qui explique que les meurtriers, en fait des obsédés sexuels, préservent leur anonymat.

Dans cet ouvrage au style et aux images particulièrement rudes, Chahdortt Djavann, après avoir campé le décors à travers le récit émouvant du destin parallèle et tragique de deux adolescentes, a choisi d'adopter une approche particulièrement originale dont elle s'explique elle-même dans le texte. Celle-ci consiste à donner la parole à des victimes de ces atrocités sans vergogne. Les unes après les autres, elles vont raconter outre-tombe leurs drames. Il ne sera pas nécessaire de conclure. Les histoires terrifiantes qu'il découvre au fil des pages auront suffit à édifier le lecteur.   

VI  de Kim THùY, Vietnam (Liana Levi, 138 pages)

Après Ru qui l'avait rendue célèbre en 2010, Kim Thùy nous avait intéressés avec Mãn en 2013 que nous avions évoqué dans notre lettre. Nous la retrouvons de nouveau habitée par le Vietnam d'avant et d'après la Révolution.

Cette fois, c'est Vi qui raconte, à la première personne, son histoire. Vi, au complet Bâo Vi, signifie littéralement "Précieuse minuscule microscopique". Un prénom sans doute prédestiné pour cette jeune femme qui apparaît surtout comme une discrète observatrice des personnages qui entourent ou conduisent sa propre existence. Elle parle d'eux plus que d'elle-même, avec attention et finesse.

Son vécu est cependant celui d'une aventure permanente. Des membres de sa famille et de leurs proches, on apprécie d'abord les portraits délicatement brossés. La protagoniste élevée dans le Vietnam du Sud indépendant, sera bientôt privée de son père détenu par les révolutionnaires et devra s'exiler avec sa mère et ses frères au Canada.

Au gré de ses voyages et de son installation provisoire dans d'autres pays, pour des motifs professionnels comme pour des raisons de cœur, on la suivra à travers l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie. Elle reviendra même pour un temps au Vietnam réunifié.    

Toute la délicatesse d'expression, la poésie des mots et des images de Kim Thùy comme son souci de la précision dans la simplicité du verbe, se retrouvent dans ce roman aux chapitres brefs et bien construits qui se lit avec un plaisir particulier.

A bientôt !

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Renée GARTY | Réponse 25.07.2016 16.50

LA HOULETTE

Frank GERMAIN | Réponse 25.07.2016 11.32

Petit Piment

Jacques LE ROUZIC | Réponse 20.07.2016 18.37

Le Tambour des Larmes de BEYROUK

DENIS TRAVERS | Réponse 20.07.2016 12.12

PETIT PIMENT

Armelle MERCIER | Réponse 20.07.2016 02.14

Sans hésitation, je choisis "Le Tambour des Larmes"

Jean-Pierre RENARD | Réponse 18.07.2016 01.36

KANNJAWOU

Sarah BELANE | Réponse 17.07.2016 19.44

LA DERNIERE NUIT DU RAIS

René SOBLAT | Réponse 17.07.2016 19.24

Je vote pour LA HOULETTE

Jean-Pierre ROCHE | Réponse 17.07.2016 00.42

Vive Petit Piment !

Jean-Pierre DANIEL | Réponse 16.07.2016 23.37

LA DERNIERE NUIT DU RAÏS

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Commentaires

25.07 | 16:50

LA HOULETTE

...
25.07 | 11:32

Petit Piment

...
20.07 | 18:37

Le Tambour des Larmes de BEYROUK

...
20.07 | 12:12

PETIT PIMENT

...
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