L'ALGUE D'OR vous accueille !

Chers amis et visiteurs,

 

Nous vous souhaitons 

UNE EXCELLENTE ANNÉE

toujours pleine de découvertes littéraires !

 

Pour la commencer agréablement, nous vous proposons, en ce mois de janvier, deux nouveaux romans qui s'ajoutent à la sélection pour notre Prix 2020, portant à présent le nombre d'ouvrages retenus à six ...

RAPPEL ...

Nous vous recommandons deux titres chaque mois depuis novembre 2019. Le total des douze romans en compétition sera ainsi atteint en avril. 

Vous avez jusqu'au 1er juin pour nous faire connaître vos « coups de cœur » à l’égard de tous les livres candidats qui vous plaisent, en nous répondant en bas de cette page, par courriel à l'adresse  lalguedor@live.fr , sur Facebook, Twitter ou à la librairie "L'Encre marine" de Saint-Briac.

LES DEUX NOUVEAUX ROMANS ...

ÂME BRISÉE d’Akira MIZUBAYASHI, Japon                       (Gallimard, 239 pages)  

À Tokyo, en 1938, Rei, un garçon de onze ans, assiste à la répétition d'un quatuor de musiciens amateurs à laquelle son père, Yu, le premier violon, l'a amené. Les autres artistes sont des étudiants chinois, restés au Japon, malgré la guerre dans laquelle l'expansion de l'Empire du Soleil levant est en train de plonger l'Asie. Soudain font irruption des militaires  japonais qui soupçonnent le groupe de comploter contre le pays sous le couvert de leur activité artistique. Le plus brutal d'entre eux, un caporal, écrase du pied le précieux instrument de Yu. Un lieutenant plus calme et manifestement mélomane, dont le nom se traduit par "Dieu noir" arrive, qui met fin à la violence et demande à Yu de jouer un morceau pour vérifier qu'il s'agit bien de musiciens. Il en est convaincu mais un ordre l'oblige à emmener les quatre interprètes au Quartier général. À l'arrivée des soldats, Yu avait eu le temps de cacher Rei dans une armoire. Cependant, le lieutenant, partant le dernier, a l'idée d'entrouvrir le meuble. Il y perçoit le garçon et lui glisse furtivement le violon brisé.

Rei ne reverra jamais son père. Il garde l'objet mutilé en souvenir de lui. Comme il a déjà perdu sa mère, c'est Philippe Maillard, un journaliste français ami de Yu et sa femme Isabelle, qui l'adoptent. Ils reviennent en France et Rei devient Jacques Maillard. Il choisit d'être luthier et de consacrer sa vie à la restauration d'instruments à cordes dont, au fil des années  celui, sacré, de son père. Lorsqu'il atteint la soixantaine, surviennent des rencontres inespérées et quasiment magiques.  Grâce à celles-ci, Rei Jacques peut enfin se réconcilier avec le souvenir de son drame familial et  trouver l'occasion de s'accomplir pleinement.

D'une grande délicatesse, le roman d’Akira Mizubayashi adopte une forme musicale, dans laquelle mots et phrases reviennent à la manière de leitmotivs ou de refrains. Chacune des quatre parties porte même le titre d'un mouvement : de "l'Allegro ma non troppo" à "l'Allegro moderato". Deux œuvres, de Schubert et de Bach, sous-tendent le récit qui, en même temps, nous en apprend sur la subtilité du violon, décrit comme un être vivant. L'âme brisée est à la fois celle de l'instrument, sa partie la plus fragile, celle du héros et celle d'autres personnages. Cette âme est celle des disparus qui semble toujours survivre. Dans sa finesse d'expression, elle reflète celle propre à la culture nippone. Enfin elle est celle du lecteur qui vibre d'une émotion intense jusqu'à la dernière page, fin de la partition. 

LE CIEL PAR-DESSUS LE TOIT de Nathacha APPANAH, Maurice (Gallimard, 125 pages)  

Un adolescent qui n'a pas son permis de conduire roule à toute vitesse, provoque un grave accident et se retrouve en prison préventive avant d'être jugé. Le court roman de Nathacha Appanah remonte aux causes les plus lointaines de l’événement. D'abord sa mère, Éliette qui, enfant très belle et très douée pour le chant, est exhibée par ses parents peu conscients du trouble que cela produit en elle, ce qui conduit à la catastrophe. La jeune femme se fait ensuite appeler Phénix, ce qui n’est pas le fait du hasard. Elle-même met au monde deux enfants de pères incertains. Elle ne saura pas les élever, elle qui a été tellement incomprise dans sa jeunesse. L'aînée, Paloma, quitte la maison, explosant de détresse, et mère et fille ne se parlent plus. Le fils, prénommé Loup - comme l'animal qui sait se défendre - présente, dès sa naissance, certains troubles et doit être suivi. Il ne se console pas du départ de sa sœur et c'est pour la retrouver qu'il prend le volant et fonce sans retenue, jusqu'au drame. 

Si l'histoire, qui aurait pu se passer n’importe où, peut être ainsi résumée en peu de mots, la qualité du récit résulte de son intensité. La personnalité de chacun des trois protagonistes est décrite avec un soin extrême. On la pénètre en profondeur dans ses ressentiments, et on la comprend mieux qu'après des années de psychanalyse. Le plus intéressant personnage est certainement Loup qui n'est pas tout à fait conforme à la norme. Depuis toujours, il vit dans son univers, plus sensible aux couleurs, aux formes et aux odeurs qu'à la relation avec les autres. La preuve en est encore donnée durant son séjour en prison, vécu étrangement pour un détenu, et lorsqu'il présente une défense à l'image de son être. Le titre du livre fait certes référence au poème de Verlaine mais le garçon rappelle aussi, à certains égards, le Meursault de L'Étranger.

Même si l'issue du roman, écrit de manière remarquable,  surprend un peu par sa rapidité, l'ouvrage n'en perd rien de son intensité. Il laisse le sentiment d'avoir pénétré des âmes en détresse qu'un événement brutal aura permis de bousculer. On sort de la narration avec l'impression d'un cauchemar qui s'achève bien ou mal, au lecteur de le découvrir.

LES ROMANS PRÉCÉDENTS ...

LA SYMPHONIE DU NOUVEAU MONDE de Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE, République tchèque (Alma, 283 pages)  

L'histoire s'inspire d'un personnage réel, Vladimír Vochoč, né en 1894 dans une famille qui rêvait de l'avènement d'une République indépendante libérée de la tutelle austro-hongroise. Il étudie le droit et parvient à éviter de servir dans l'armée impériale pendant la Grande Guerre en faisant la grève de la faim. Devenu consul de la Tchécoslovaquie à Marseille, en 1938, il s'emploie à délivrer des visas à ses compatriotes juifs qui cherchent à se réfugier en Amérique pour échapper au péril montant du nazisme. Bravant certains ordres de sa hiérarchie, rusant quelque temps plus tard avec le gouvernement de Vichy, il accomplit une action humanitaire admirable tant que cela lui est possible. Celle-ci ne sera pas reconnue par le régime communiste mais seulement, à titre posthume, par la République tchèque.

Autour de cette biographie relatée de manière romanesque se déroule l'action du livre qui raconte aussi l'épopée imaginaire de Bojena et Standa,  dont on fait la connaissance dans une Prague sous les inondations et qui émigrent en France, à Strasbourg, au lendemain des Accords de Munich. C'est à Strasbourg que, dans des circonstances surprenantes, le jeune couple adopte, dès sa naissance, une petite fille juive, qu'ils nomment Josefa. Tous les trois vont devoir se déplacer de ville en ville, dans l'Hexagone, par sécurité. Quand Bojena perd la trace de son mari, elle appelle au secours Vladimír Vochoč. Grâce à celui-ci, elle trouve refuge avec sa fille dans un lieu sûr mais Standa reste introuvable sauf pour le lecteur. 

L'aventure de la petite famille est racontée presque de bout en bout par une curieuse poupée dont Josefa ne se sépare pas, ce qui donne, avec aussi quelques passages joyeux, une certaine légèreté à un récit à la fois sombre et particulièrement émouvant. Le mouvement qui domine la narration, le consul et sa compagne ayant aussi à se déplacer de nombreuses fois, les rencontres qui s'opèrent entre les différents protagonistes comme les instruments d'un orchestre, prennent l'allure d'une composition musicale, avec des reprises, temps lents et accélérations, comme dans La symphonie du nouveau monde de Dvořák, le grand compositeur tchèque  Cette référence à la musique est aussi présente à travers les chants de Bojena, ceux de Josefa et ceux d'autres femmes en yiddish. Quant à la fascination pour le Nouveau Monde, elle est celle d'un pays libre pour Vladimír, et celle d'un paradis Outre-Atlantique pour le couple qui nourrit l'ambition de s'y établir à la fin de son parcours. L'ouvrage remarquable de Lenka Horňáková-Civade se vit telle une succession mélodique de douleurs,  de rêves et d'engagements hasardeux et courageux.

LES PETITS DE DÉCEMBRE de Kaouther ADIMI, Algérie (Seuil, 248 pages)  

En 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l'Ouest d'Alger, dans la cité dite du 11-Décembre, des enfants ont fait d'un terrain vague que la boue rend souvent à peine praticable leur domaine de jeu. Ils y disputent des matches de football. Ce domaine leur appartient. Mais voici que deux généraux en ont fait légalement l'acquisition pour y construire leurs habitations. Les enfants n'acceptent pas la dépossession qui se prépare et ils osent s'en prendre physiquement aux officiers supérieurs quand ceux-ci se rendent sur les lieux. Les parents sont morts d'inquiétude. Un seul des gamins, fils de colonel en retraite, est capturé par la police. Il est relâché parce que son père est le leader d'un parti d'opposition mais il est menacé de poursuites. L'aventure ne fait que commencer car les insurgés vont se mobiliser, appeler d'autres jeunes de leur âge en renfort et s'obstiner au-delà de tout ce qu'il est permis d'imaginer. Le pouvoir est très embarrassé car s'en prendre par la force à des enfants risquerait de provoquer des soulèvements.

L'audace des petits révèle qu'eux seuls sont capables de se dresser frontalement contre l'autorité. L'auteure livre à travers cet épisode métaphorique sa vision d'une Algérie qui n'a jamais connu la liberté espérée malgré son accès à l'indépendance. On y rencontre d'anciens militaires opposants au régime qui rêveraient de le renverser mais pensent leur heure passée, une vieille folle aux allures de sorcière qui soutient les enfants, comme une ancienne moudjahida, intouchable parce qu'elle a pris part à la lutte de libération contre le colonisateur.

Au-delà d'une révolte imaginaire pour un enjeu qui a valeur de symbole, l'Algérie telle que la dépeint l'écrivaine, s'est installée dans la corruption, l'arbitraire, la suspicion et surtout la peur, une peur qui domine tous les rapports. C'est parce qu'ils sont libres de toute allégeance et sans doute un peu naïfs que les enfants n'y succombent pas. Ils s'obstinent, soutenus par les réseaux sociaux qui font largement écho à leur combat et une aide matérielle que des adultes finissent par leur apporter. Nous retrouvons le talent littéraire de Kaouther Adimi, notre lauréate du Prix 2018 avec Nos Richesses, à travers ce roman aussi captivant.

DÉRANGÉ QUE JE SUIS  d'Ali ZAMIR, Comores (Le Tripode, 147 pages) 

Dérangé qu'on ne connaîtra que par ce surnom que même lui s'attribue sans cesse ("Dérangé que je suis", il le répète souvent) est un docker installé sur l'île comorienne d'Anjouan, celle où l'auteur est né. Chaque jour, au port international Ahmed-Abdallah-Abderamane de Mutsamudu, il peine à trouver des clients pour assurer sa modeste existence. Il n'en veut à personne et n'a pas d'autre ambition que de subsister dignement. Cette attitude lui vaut d'être considéré avec mépris par un trio de concurrents, les Pipipi (Pirate, Pistolet et Pitié) qui, contrairement à lui, ne s'encombrent d'aucun scrupule. Provoqué par ces derniers, il accepte de se livrer à une étonnante compétition de chariots que ses adversaires sont convaincus de remporter. Il n'aurait peut-être pas accepté de relever le défi sans les encouragements d'une femme très avenante mais qui se révélera redoutable. Jusqu'au dernier moment, il aura même le moyen de se dérober grâce à un compromis malhonnête auquel il se refuse cependant.

Dérangé que je suis brosse le portrait d'un personnage loyal, courageux et prude, victime désignée de la vie, dont le comportement irréprochable se heurte à des agressions qu'il n'a pas la capacité de surmonter. On peut y voir l'image d'un naïf incapable d'affronter la dureté de l'existence mais aussi celle d'un parfait honnête homme. 

Au-delà d'une histoire racontée de manière linéaire à la première personne - on ne comprendra dans quelles conditions qu'à la fin - le roman d’Ali Zamir a une certaine portée philosophique.  Il fait resurgir des mythes et illustre un attachement à des valeurs morales au-delà du raisonnable à moins que la fidélité à celles-ci justifie une forme d'héroïsme. Dérangé, l'est-il vraiment ? Au lecteur d'en décider. Du point de vue de la forme, le style est vif et entraînant. L'écriture est plaisante et accessible malgré parfois l'emploi de mots rares qui font recourir au dictionnaire. Jamais inventés mais puisés dans les auteurs du passé, ils traduisent en fait une connaissance rare de la langue. A tous égards, ce roman manifeste ainsi profondeur et originalité.  

MAÏMAÏ de Aki SHIMAZAKI, Canada/Japon (Leméac/Actes Sud, 172 pages) 

La séduisante Mitsuko, propriétaire appréciée de la librairie Kitó, meurt subitement. Elle laisse orphelin son fils unique Taró, né d'un père espagnol qu'il n'a pas connu car décédé prématurément selon les dires de Mitsuko. Ce beau jeune homme, peintre de talent qui exerce aussi le métier de mannequin, présente surtout la caractéristique d'être sourd-muet. Taró décide de transformer la librairie en atelier et galerie et de se consacrer désormais exclusivement à son art. Sa grand-mère, très âgée, pour qui il éprouve une vive affection, continuera de demeurer avec lui. Soudain, il reçoit la visite surprise d'Hanako, une jeune femme venue lui présenter ses condoléances. Celle-ci n'est autre que la fille d'une femme de diplomate qui fréquentait la librairie, vingt ans plus tôt, jusqu'à la nomination de son mari à l'étranger. La dame était toujours accompagnée de sa gamine et les deux enfants jouaient gaiement ensemble malgré le handicap du garçon. Les retrouvailles éveillent entre les jeunes gens plus que des souvenirs mais un véritable sentiment amoureux. Hanako doit maintenant présenter Taró à ses parents. Tandis que son père accepte volontiers le prétendant, malgré la différence des statuts sociaux, sa mère exprime une vive opposition qui s'explique mal car elle avait toujours manifesté de la tendresse pour le petit de la libraire. Des vérités vont être révélées auxquelles Taró, le narrateur, était loin de s'attendre. 

Les lecteurs réguliers d'Aki Shimazaki dont les courts romans, axés sur un personnage, s'enchaînent régulièrement, auront compris la situation depuis le début du livre mais la magie de celui-ci réside particulièrement dans le fait que, même ainsi avertis, ils ne peuvent que se prendre au bonheur de la lecture et être curieux de connaître le dénouement. Ceux qui ne connaissent pas les précédents ouvrages éprouveront le plaisir de la découverte.

Aki Shimazaki, déjà lauréate de notre Prix et souvent présente dans nos sélections, possède un talent rare pour faire vivre ses récits de manière prenante. Ils sont toujours imprégnés de cette culture japonaise dont l'écrivaine demeure détentrice et qu'elle sait mettre en valeur. Maïmaï , selon l'éditeur, mettrait fin à une série. On a peine à le croire, tant l'issue laisse place à des prolongements. 

À bientôt !

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Gwenola du Plessix | Réponse 12.06.2019 21.42

belle découverte avec TAQAWAN d'Eric Plamondon : belle construction, roman hybride qui garde une belle cohérence !

L'ALGUE D'OR 13.06.2019 01.04

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré;

germaine cazaux | Réponse 06.06.2019 16.59

3livres m'ont particulièrement touchée:
Je suis seul de Beyrouk ;Frère d'ame de David Diop et Fuki-No-To d'
Aki Shimazaki

L'ALGUE D'OR 07.06.2019 11.23

Merci pour vos coups de coeur qui sont enregistrés

DANIELE FANDEUX | Réponse 08.05.2019 15.10

coup de coeur pour le récit de Marc Alexandre Oho Bambe et son livre Dien Bien Phu, une très belle histoire d'homme entre la France et le Vietnam

L'ALGUE D'OR 08.05.2019 20.00

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré

CATHERINE PELARD | Réponse 06.02.2019 15.16

J'ai découvert avec bonheur, FUKI-No-Tô, ouvrage raffiné, consacré à l'amour conjugal, au couple, à son rapport au sexe, relate les tourments les plus intimes et les blessures d'enfance de deux femmes, tout en pudeur et délicatesse. A travers ce joli

L'ALGUE D'OR 06.02.2019 22.23

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré.

Marie Bérel | Réponse 12.06.2018 08.27

Un coup de cœur pour Suisen d’Aki Shimazaki

L'ALGUE D'OR 15.06.2018 00.22

Merci. Votre coup de coeur est enregistré

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Commentaires

13.06 | 01:04

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré;

...
12.06 | 21:42

belle découverte avec TAQAWAN d'Eric Plamondon : belle construction, roman hybride qui garde une belle cohérence !

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07.06 | 11:23

Merci pour vos coups de coeur qui sont enregistrés

...
06.06 | 16:59

3livres m'ont particulièrement touchée:
Je suis seul de Beyrouk ;Frère d'ame de David Diop et Fuki-No-To d'
Aki Shimazaki

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