L'ALGUE D'OR vous accueille !

Chers amis et visiteurs,      

Notre sélection pour le Prix 2021 continue avec deux nouveaux romans. Ceux-ci sont assez longs mais on ne voit pas le temps passer à les lire. Ils ne manqueront certainement pas de vous distraire pendant cette période de confinement. 

N’oubliez pas que, s'ils vous ont plu, vous êtes conviés à leur attribuer vos "coups de cœur" en vue de notre Prix 2021, sur ce site www.lalguedor.fr ou par courriel sur lalguedor@live.fr ou sur notre page Facebook ou encore auprès de la librairie L'Encre marine de Saint Briac. Vos coups de coeur peuvent aussi toujours aller aux deux livres précédemment signalés et pourront concerner les romans sélectionnés à venir. Pas de limite ! Vos coups de coeur à tous ceux que vous aurez aimés !

DECEMBRE 2020

LE FIL ROMPU  de Céline SPIERER, Suisse (Héloïse d’Ormesson, 396 pages)

L’histoire se présente comme une saga, de celles qu'on a hâte de retrouver lorsqu'on a dû en interrompre la lecture ! Nous sommes emportés dans un voyage ébouriffant à travers les générations et au-delà des océans. Le lecteur qui ne ferait pas attention aux dates et lieux mentionnés en tête de chacun des chapitres pourrait bien "perdre le fil de sa lecture"  car différents  personnages vivent des situations apparemment sans liens dans des lieux différents et à diverses époques (de 1912 en Pologne à  2016 à New York sans suivre véritablement la chronologie). Cette originalité- quelque peu déroutante au début- suscite en fait la curiosité et renouvelle l’attention. On s'aperçoit vite que l'on est en train de reconstituer une sorte de puzzle dont la dernière pièce ne viendra éclairer l'ensemble que dans les derniers chapitres du livre.  

Pologne, 1913, une jeune Juive, malencontreusement  tombée enceinte est envoyée par ses parents à New York chez un oncle pour cacher sa faute. New York, 1932, elle est assassinée à coups de revolver alors qu'elle se promène avec son époux. Par qui ? Pourquoi ? Sa fille, jeune Américaine nantie mais en recherche de ses racines et du passé mystérieux de sa mère retourne dans le pays de ses aïeux à la veille de la Seconde guerre mondiale. Elle se voit arracher ses enfants par les Nazis. La propre fillette  de la jeune femme - au physique de parfaite aryenne- est adoptée par la famille d'un officier nazi, à laquelle elle s’attache. Le lecteur est plongé dans un univers rarement décrit, celui d'une famille allemande bourgeoise pendant l'époque hitlérienne, dont les membres éprouvent  des sentiments, pour certains émouvants,  mais aussi des préjugés qui glacent le sang ! La mère naturelle à qui l’enfant a été enlevée recherche inlassablement celle-ci. Finira-t-elle par la retrouver ? Et si oui, quelles pourront être leurs relations au terme de parcours si différents et quasiment antagonistes ?  Nous rencontrons  aussi, dès le début du récit,  un jeune artiste polonais dont le père, sombre brute homophobe, est tué lors d'une rixe en 1912 laissant sa femme et son fils dans la misère. Nous faisons simultanément mais  en 2015 à New York, la connaissance d’une vieille dame sauvage et taciturne qui vit seule avec son chat et possède une collection de magnifiques tableaux un peu mystérieux et celle d’un adolescent au grand cœur qui trouvera les mots pour apprivoiser cette personne âgée.  

Cet  étonnant premier roman, extrêmement documenté du point de vue historique et sociologique, dont les personnages semblent sortir d'un album de photos sépia, est merveilleusement écrit dans un français classique, digne de la grande littérature et foisonnant d'images poétiques que l'on n'oublie pas.

RACHEL ET LES SIENS  de Metin ARDITI, Turquie (Grasset, 504 pages)   

Le récit de Metin Arditi -dont nous avons souvent inclus les romans dans nos sélections-  nous transporte à Jaffa au lendemain de la Première guerre mondiale.  A l’époque, la Palestine  n'est pas encore divisée.  Juifs Sépharades et Arabes de toutes religions  y coexistent sans problème  et souhaitent continuer à vivre en inter-communauté; l'État d'Israël n’existe pas encore. Les parents de Rachel, adolescente passionnée d'art et de théâtre, sont  des commerçants juifs  aisés qui  partagent leur maison avec des amis, les Khalifa, Arabes chrétiens, artisans florissants dont le fils, du même âge que Rachel est inséparable de la jeune fille et de sa sœur.  

La situation va se dégrader avec l’arrivée massive d’Ashkénazes fuyant leurs pays d’Europe de l’Est où les Juifs sont de plus en plus persécutés. Les nouveaux venus sont en effet déterminés à conquérir leur espace propre dans cette Palestine qu’ils considèrent toujours comme « la Terre promise » de leurs lointains ancêtres. L'héroïne du roman, personnage féminin complexe et nuancé, est aussi et surtout une  figure emblématique. Les péripéties de son destin personnel sont déterminées par les soubresauts de l'Histoire, si violents dans cette partie du Moyen Orient  que nous voyons - au fil de la vie de Rachel - devenir le gigantesque et permanent  foyer de tension que le monde continue de connaître aujourd’hui. Rachel est arrachée  brutalement à  l'univers idyllique de son enfance et envoyée dans un kibboutz (on découvre qu'ils existaient déjà bien avant la création d’Israël).  Elle perd ses proches dans un contexte de terrorisme et de pogroms, connaît l'exil en Turquie puis en France, subit - pas seulement pendant la Seconde guerre mondiale - les blessures de l'antisémitisme. Mais tout au long de sa vie mouvementée, elle  continuera à écrire - comme elle le faisait déjà à quinze ans - des pièces de théâtre engagées, chargées de philosophie et d'humanisme, qu'elle s'évertuera à faire jouer contre vents et marées. Jamais elle ne cessera de proclamer l'égale dignité des cultures et des croyances, la possibilité pour les communautés de vivre en paix et en harmonie et l'intemporalité de l'amour entre les êtres. 

Le livre se lit avec passion. Il est d’une belle écriture. Il a surtout le mérite d’évoquer une époque peu décrite où la paix régnait en Palestine et de nous faire comprendre combien cet équilibre était précaire. Nous suivons l’aventure de personnages attachants et tous revêtus d'un certain symbolisme donnant au roman une profondeur qui ajoute à son charme. 

NOVEMBRE 2020

LE PAYS DES AUTRES  de Leïla SLIMANI, Maroc (Gallimard, 366 pages)

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne qui n'a jamais quitté son village, tombe amoureuse d'un séduisant Marocain, Amine Belhaj, combattant pour l'armée française. Les sentiments sont réciproques. Cela se conclut par un mariage et, la guerre terminée, par l'installation progressive du couple à Meknès où vit toute la famille du garçon. Les parents de la promise n'avaient pas émis d'objection à l'égard de ce prétendant, courageux et courtois. Au Maroc, l'entourage du marié accueille aussi aimablement la jeune épouse. Cependant les conditions d'existence sont rudes, les usages pesants. Amine est obsédé par sa volonté de transformer le domaine rocailleux que son père défunt a acquis en une terre fertile et prospère telle que le sont les fermes voisines détenues par des Français.  

Le récit brosse le portrait de ce couple en proie à des phases d'incompréhension. Bien d'autres personnages occupent aussi une place importante dans ce roman, mettant en lumière la réalité d'une société à un moment de son histoire : la mère d'Amine, enracinée dans ses traditions mais admirative de  l'émancipation de sa belle-fille, Omar, engagé dans la révolte nationaliste, la jeune Selma qui ne supporte plus les contraintes imposées aux jeunes filles arabes, Aïcha, la fille des deux protagonistes, une enfant très douée, élevée dans un couvent pour enfants français, rejetée et humiliée par ses camarades.  Et encore, un médecin juif hongrois au grand coeur qui, après avoir fui l'holocauste, rêve de faire profiter ses compatriotes des richesses naturelles du Maroc. Enfin les servantes, anciennes esclaves noires, rudement traitées, et un ancien compagnon d'armes d'Amine, traumatisé par la vie militaire. Mathilde, d'une grande générosité, trouve une raison d'être dans l'aide d'urgence aux Arabes malades. Elle-même a réussi tirer un trait sur la nostalgie de sa province originelle, mais au sein de la ville partagée entre quartier européen et médina, la coexistence entre colons et autochtones est de plus en plus difficile au milieu des années cinquante : la tension monte et va jusqu’à la violence. 

Le nouveau roman de Leïla Slimani dont nous avions déjà sélectionné Chanson Douce, offre à travers l'épopée d'une famille "mixte" précipitée dans un monde en fièvre, un reflet saisissant des chocs profonds et de plus en plus visibles entre les communautés. Le pays des autres révèle, avec finesse et réalisme, l'impossibilité pour chacune de se sentir vraiment chez elle. On attend avec impatience la suite à travers les deux prochains volumes déjà annoncés. 

LE TESTAMENT RUSSE  de Shumona SINHA, Inde (Gallimard, 196 pages) 

A Calcutta, dans les années 1980, tandis que se prépare la chute du Mur et la fin de la domination soviétique en Europe, l'Inde voit se profiler une remontée des forces de droite démocratiques. Le communisme apparaît toujours pour beaucoup d'opposants comme le rêve à défendre d'un monde nouveau, le marxisme n'ayant pas perdu à leurs yeux sa force de conviction. La petite Tania est fille d'un père bouquiniste qui vend aussi bien Mein Kampf que la littérature soviétique, indifférent aux convictions, toutes défendables à ses yeux car il est avant tout vendeur de livres, et d'une mère qui lui en veut sans pitié d'un accouchement douloureux la privant d’enfanter à nouveau. Recroquevillée sur elle-même, elle se prend de passion pour les auteurs russes. Adolescente, elle adhère tout naturellement au parti communiste sans que ses parents le sachent. L'apprentissage de la langue de Tolstoï est pour elle prétexte à approfondir l'idéologie qui la fascine. Un de ses buts devient de se procurer le journal d'un éditeur, fondateur des Editions Raduga qui la passionne. Au prix de nombreux efforts, elle parvient à trouver la trace de sa fille très âgée à qui elle entreprend d'écrire une lettre

Le lecteur fait lui-même la connaissance de la vieille dame, une nonagénaire qui vit recluse dans une maison de retraite, à Saint-Petersbourg. Il découvre à travers elle une autre vision de son père, idéalisé par la jeune Indienne. Cette partie du récit s'inspire d'une histoire réelle, à peine romancée.  

Le livre de Shumona Sinha fait connaître un monde, celui de son pays, à un moment où le peuple reste partagé entre la force des traditions, la fin de certaines illusions et la montée encore naissante de valeurs mondialistes.  Il met aussi en lumière le témoignage vibrant d'une survivante de l'époque soviétique, en Russie. On apprécie son originalité. 

À bientôt !

 

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Chantal Dehaye | Réponse 28.06.2020 09.29

Je vote pour Ame Brisée.
Amicalement

L'ALGUE D'OR 02.07.2020 00.27

Merci beaucoup. Votre coup de cœur est enregistré.

Gilles Santier | Réponse 22.06.2020 19.10

2 coups de coeur le 11er pour MAÎMAÏ d'Aki Shimazaki et l'autre pour LA SYMPHONIE DU NOUVEAU MONDE de Lenka Hornakova-Civade

L'ALGUE D'OR 23.06.2020 00.22

Merci. Vos coups de coeur sont enregistrés

Helene D estais | Réponse 23.05.2020 17.02

Je vote pour l'excellent livre d'Akira Mizubayashi "âme brisée "

L'ALGUE D'OR 24.05.2020 16.39

Merci. Votre coup de coeur est enregistré.

Marc HAKIM | Réponse 13.04.2020 16.20

Bonjour,

Le coup de cœur est pour LE DERNIER SYRIEN d'Omar Youssef.

Cordialement,
Marc

L'ALGUE D'OR 13.04.2020 23.07

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré !

Gwenola du Plessix | Réponse 12.06.2019 21.42

belle découverte avec TAQAWAN d'Eric Plamondon : belle construction, roman hybride qui garde une belle cohérence !

L'ALGUE D'OR 13.06.2019 01.04

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré;

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Commentaires

02.07 | 00:27

Merci beaucoup. Votre coup de cœur est enregistré.

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28.06 | 09:29

Je vote pour Ame Brisée.
Amicalement

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23.06 | 00:22

Merci. Vos coups de coeur sont enregistrés

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22.06 | 19:10

2 coups de coeur le 11er pour MAÎMAÏ d'Aki Shimazaki et l'autre pour LA SYMPHONIE DU NOUVEAU MONDE de Lenka Hornakova-Civade

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