L'ALGUE D'OR vous accueille !

Bonjour chers amis lecteurs !

Notre sélection de douze romans pour le Prix 2022 continue avec deux nouveaux titres : L’ÉTÉ SANS RETOUR  de Giuseppe SANTOLIQUIDO et L’HOMME QUI PEIGNAIT LES ÂMES de Metin ARDITI

Nous vous rappelons que vous pouvez réagir au fur et à mesure en nous adressant vos coups de cœur, chaque fois qu'un des livres vous a plu.

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LES ROMANS DE DÉCEMBRE 2021

L’ÉTÉ SANS RETOUR  de Giuseppe SANTOLIQUIDO, Italie (Gallimard, 272 pages) 

Nous sommes en 2005 à  Ravina,  petit village de la Basilicate, l'une des régions  les plus arides et les plus dépeuplées du sud de l'Italie. Les quelques familles  du lieu se connaissent toutes, s'entraident à l'occasion mais aussi s'épient et  se jalousent, parfois depuis des générations. Parmi les anciens, quelques-uns ont su tirer parti des faibles ressources locales pour établir une domination officieuse sur le reste de la population, tandis que les jeunes qui n'ont pas réussi à chercher fortune ailleurs, traînent leur désœuvrement en rêvant  de vivre l’ascension fulgurante de musiciens pop ou de starlettes de la téléréalité.

Un jour de fête, la jolie et brillante Chiara, quinze ans, disparaît. Les villageois se lancent à sa recherche. Les médias régionaux et nationaux se précipitent sur place,  profitant de  la coopération d'une partie de la population enchantée  de  secouer-  à l'occasion de ce drame - la monotonie d'une vie figée hors du temps et d'apparaître en vedette  sur les écrans de toute l'Italie. La police enquête, interrogeant méthodiquement chacun, notamment le narrateur, Sandro, jeune infirmier, proche de la disparue. Celui-ci est condamné à la solitude par les mentalités accusatrices du village qui ne supportent pas sa différence. Il ne peut cependant se résoudre à quitter cette terre de ses ancêtres tant il lui est viscéralement attaché.

Giuseppe Santoliquido nous livre une sorte de thriller, bien ficelé, rédigé dans une langue fluide et sensuelle, qui se déroule dans une atmosphère envoûtante, évocatrice des paysages superbes et mélancoliques du film tiré Le Guépard. Mais bien plus, nous trouvons  dans L'été sans retour une analyse de caractères digne de nos grands auteurs du 19ème siècle. De cette galerie de portraits émergent, avec une véracité poignante, les désirs contradictoires, les nostalgies de ceux auxquels -aujourd'hui  comme hier- on n'accorde aucune attention, persuadé qu'ils ne ressentent rien au-delà de leur banalité apparente.

L’HOMME QUI PEIGNAIT LES ÂMES de Metin ARDITI, Turquie (Grasset, 292 pages) 

En 1078. Avner est un jeune juif de quatorze ans qui vit à Acre, en Galilée. À l’occasion d’une livraison de poissons à un monastère, son regard tombe sur une icône. C’est l’éblouissement. « Il ne s’agit pas d’un portrait mais d’un objet sacré, lui dit le supérieur du monastère. On ne peint pas une icône, on l’écrit, et on ne peut le faire qu’en ayant une foi profonde ». Avner n’aura de cesse de tenter « d’écrire » selon ce qu’enseigne l’Église. Cependant, s’il est fasciné par les icônes, il ne parvient pas à avoir la foi ainsi qu’on la lui prescrit. Pourtant, il fait comme s’il l’avait trouvée, en acquérant les techniques, en apprenant  les textes sacrés, en se faisant baptiser, en quittant les siens. Il effectue même un voyage initiatique qui le conduit de Nazareth à Césarée, Jérusalem, Bethléem, jusqu’au monastère de Mar Saba, en plein désert de Judée, où il reste dix années et  devient l’un des plus grands iconographes de Palestine. Cependant, comme il ne parvient pas à s’astreindre aux canons rigides de l’Eglise qui obligent à ne représenter Dieu et les saints que sans confusion possible  avec les pauvres humains, son succès finit par devenir scandale. N’ose-t-il pas s’inspirer des visages de gens de la vie ordinaire pour représenter les êtres saints, cherchant dans chaque vivant sa part de divin, sa beauté ?  Il est chassé, son œuvre est brûlée sauf une ou deux pièces qui, des siècles après,  seront retrouvées.

Ce nouveau roman de Metin Arditi se situe bien dans la lignée des ouvrages de l’auteur. On pense au célèbre Turquetto à travers l’évocation d’une peinture qui n’est pas de l’artiste qu’on imagine. Surtout, on retrouve un regard très personnel sur le passé fondé sur l’histoire de personnages oubliés que l’écrivain s’emploie à faire découvrir. Dans un but évident : mieux comprendre des réalités de l’aventure humaine.

La portée de L’homme qui peignait les âmes offre ainsi une réflexion sur les relations entre la peinture, accessoire de la foi, chargée de la fortifier en respectant le caractère sacré des personnages et cette peinture faite de représentations plus figuratives qui cherche cependant à mettre en lumière la valeur singulière de créatures faites à l’image du divin. Dans les transformations de l’art pictural lié  à l’histoire sainte, d’un Fra Angelico à un Botticelli, et plus encore à un Caravage, on trouve la confirmation de cette évolution que préfigure la création d’Avner. Le roman de Metin Arditi offre donc le reflet d’une progression dans le temps aussi spirituelle qu’artistique. En outre, comme toujours, le récit est magnifiquement écrit.

LES ROMANS DE NOVEMBRE 2021

EM de Kim THÙY, Vietnam (Liana Lévi, 160 pages)  

Deux romans de Kim Thùy : Măn et Vi avaient déjà été inclus dans nos sélections antérieures. Dans ces récits, largement autobiographiques, l'écrivaine évoquait avec finesse et humour l'installation et l'assimilation sur le continent américain de réfugiés vietnamiens, dans les années soixante-dix. Elle y dépeignait notamment le parcours estudiantin, professionnel et sentimental de leurs enfants - sa propre génération - dans le but d'une intégration réussie au monde occidental, combinée avec la transmission de l'héritage oriental. EM est, pour la première fois, un roman consacré à la guerre du Vietnam elle-même. C’est une surprise de la part de cette auteure bienveillante et optimiste qui a quitté son pays d’origine pour le Canada, à l'âge de dix ans, entourée de ses proches parents.  

De l'aveu de Kim Thùy,  la reconstitution des faits historiques - objet déjà de tant de reportages, de récits ou de films - n'était pas son but.  Elle considérait plutôt qu’"elle avait des choses à ajouter sur les  liens d’amour et de haine entre les vies brisées de la guerre américaine ». Celle qui assure que « chaque histoire, chaque anecdote relatée dans ce livre est vraie », a, de fait, recueilli des dizaines de témoignages auprès de ceux, Vietnamiens ou Américains, qui furent, de manière ou d’autre, protagonistes du conflit. L’écrivaine tente ainsi de nous faire percevoir le ressenti de chacun en racontant par petites touches ces récits de vie et de mort, d'amour et de haine. Le point de départ de son livre a été une photo de deux orphelins vietnamiens sur laquelle on voit un petit garçon, Louis, métis né d'un soldat américain noir, tenant la main d’un bébé fille couché dans une boîte de cartonIl l’appelle : Em Hong, « petite sœur ». Louis prendra soin d’elle jusqu’à ce qu’ils soient séparés au printemps 1975, lors de l’opération Babylift qui évacue, peu avant la chute de la ville, orphelins de guerre et enfants nés de G.I.’s.  Ainsi se trouvent habilement mêlés, dans la narration, des faits historiques et des actes et émotions individuels.   

Certes des scènes de massacres d'une insoutenable brutalité ainsi que celles de terribles sévices d'ordre écologique infligés au pays émaillent le récit. Toutefois on y trouve aussi la mise en lumière de gestes héroïques, généreux, émouvants, accomplis soit par les plus humbles, soit, au contraire, par les "puissants", au détriment parfois de leur intérêt. C’est que, avant tout, la foi dans l'humanité apparaît bien animer Kim Thùy. La tonalité de l'œuvre nous est donnée par le titre même : EM est un terme vietnamien empreint de tendresse pour désigner un être cher perçu comme plus fragile que soi et que l'on veut absolument protéger.  

SÉMI  d’Aki SHIMAZAKI, Canada/Japon (Actes Sud, 151 pages)  

Ce nouveau roman d’Aki Shimazaki s’inscrit dans la ligne des précédents que nous découvrons avec plaisir d’année en année, depuis Mitsuba auquel nous avions attribué notre premier prix.  Sémi est le second volume d’un quatrième cycle inauguré avec Suzuran.  Les lecteurs fidèles établiront les liens. Toutefois, comme à chaque fois, il est tout à fait possible d’apprécier ce dernier ouvrage sans connaître sa continuité avec le précédent.   

L’histoire fait preuve d’une originalité particulière.  Elle se fonde en effet sur les conséquences d’un mal qui auraient pu rendre insoutenable le sujet mais qui, traitées d’une manière originale, parviennent à rendre le récit des plus captivants. Fujiko, au cœur de celui-ci, est en effet atteinte du syndrome d’Alzheimer. Sous la plume d’Aki Shimazaki, le but n’est pas principalement de susciter la compassion. Pour une part, il s’agit de découvrir, à travers les propos que tient l’héroïne, des réalités qui, sans cela, seraient assurément demeurées secrètes et qui sont, à plus d’un titre, dérangeantes pour Testuo, son mari. Cet aspect énigmatique, évoluant de page en page, retient constamment l’attention.  Plus profondément encore, on se sent solidaire de l’époux, narrateur et l’autre protagoniste de l’ouvrage. Fujiko ne l’identifie plus comme son mari, mais lui, si imparfait fût-il lui-même naguère, faisant preuve d’amour, de patience et de résignation, va accepter d’entrer dans la dérive de sa compagne pour se faire accepter par elle tendrement. D’autres personnages que l’on rencontre illustrent magnifiquement ce que peut être la bonté d’âme sans les travers de la pitié.  

Sémi obéit aux règles d’écriture qui caractérisent le style bref, limpide et prenant de l’écrivaine, une forme de narration dont on ne se lasse pas. Par son contenu, ce roman offre une nouvelle illustration de cette forme de conscience lucide qui est un aspect majeur de la culture nippone dont Aki Shimazaki demeure imprégnée et dont elle témoigne ici face à une situation particulièrement délicate. Plus que jamais sans doute dans l’œuvre de la Canado-Japonaise, l’étonnement est constamment au rendez-vous. Très court, comme toujours, ce livre peut se lire d’un trait – les effets de surprise à répétition y incitent fortement - mais il est sans doute préférable de le prendre son temps pour mieux en apprécier la finesse. 

Bonnes fêtes de fin d'année

et à bientôt !

 

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Pascale Raulin Serrier | Réponse 12.06.2021 14:52

Je vote pour du Miel sous les galettes !

L'ALGUE D'OR 12.06.2021 15:28

Merci pour votre commentaire qui est bien enregistré

Cécile Héber-Suffrin | Réponse 06.06.2021 11:36

Sans hésiter, "Du Miel sous les galettes" de Roukiata Ouédraogo dont les lignes m'ont retransportée pour quelques heures au Burkina Faso

Valéry LAMOURE | Réponse 05.06.2021 09:25

Coup de coeur pour "la chute de la maison White"
Un polar comme on les aime!

L'ALGUE D'OR 05.06.2021 12:09

Merci pour votre commentaire qui est bien enregistré

José LaMarre | Réponse 01.06.2021 03:11

Je vote pour SUZURAN d’Aki SHIMAZAKI.
Pour d'une écriture qui donne toute la place aux personnages, leurs secrets, leurs sentiments. José LaMarre, Québec

L'ALGUE D'OR 02.06.2021 02:01

Merci pour votre commentaire qui est bien enregistré

Fequet Hélène | Réponse 05.05.2021 10:05

je vote pour les impatientes. (trés bonne sélection dans son ensemble!)

L'ALGUE D'OR 05.05.2021 11:09

Merci pour votre commentaires qui est bien enregistré

Quentin B. | Réponse 18.04.2021 19:53

Je vote pour "le fil rompu"!

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Commentaires

13.06 | 11:06

Merci. Votre commentaire est bien enregistré

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13.06 | 09:49

H Héritages de Miguel Bonnefoy 5sur 5

Le pays des autres de Leïla Slimani 5sur 5

La chute de la Maison Whyte de Katerina Autet 5 sur 5


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12.06 | 15:28

Merci pour votre commentaire qui est bien enregistré

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12.06 | 14:52

Je vote pour du Miel sous les galettes !

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