Conseils de lecture octobre 2015- avril 2016

 

LA HOULETTE 

 

de Kamil HATIMI, Maroc (Elyzad, 308 pages)

 

(PRIX DU JURY)

 

Dragan, journaliste marocain d’origine serbe par sa mère, d’où le choix d’un prénom peu conforme à la tradition islamique, s’obstine à livrer sa prose, brillante de l’avis de tous, à la moins indépendante des revues marocaines, La Houlette casablancaise, où l’information, largement contenue, se fonde essentiellement sur les confidences de la police recueillies, autour de l’alcool et des joints, dans un bar que les rédacteurs ont pris pour siège. Beaucoup s’étonnent que notre brillant  journaliste se contente de l’ambition médiocre d’une presse complaisante, à la botte du pouvoir et cultivant les ragots. A commencer par son épouse qui cherche  à comprendre et avec qui les rapports se tendent progressivement. Survient un phénomène surprenant : Dragan perd la faculté de tenir tout stylo ou crayon et même de pianoter sur son ordinateur. Pour ne pas perdre son emploi,  et sur l’instance du collègue qui a discrètement accepté de lui servir de “nègre”,  il entreprend sans enthousiasme  ni résultats une thérapie.  Mais le choc  salvateur se produira quand aura lieu un attentat qui le touche indirectement et l’oblige brutalement à se pencher sur un passé enfoui dans les méandres de sa mémoire.

 

Le premier roman de Kamil Hatimi constitue une satire amère de la presse et du journalisme marocains qui peinent à s’émanciper mais fait aussi le procès d’une société du déni qui, en refusant d’admettre ses travers et en maintenant les tabous face à des crimes sordides, condamne les victimes au silence et à la haine.  La mise en relation de ces deux formes de censure constitue l’originalité du récit dont le message, s’il s’adresse clairement aux Marocains,  revêt  cependant une portée universelle. L’introduction de la psychanalyse au cœur de cette prise de conscience complète une réflexion habilement menée sur les diverses formes de non-dit individuel et collectif et sur leurs conséquences tragiques.

 

PETIT PIMENT                                               

 

de Alain MABANCKOU, Congo (Seuil, 274pages)

 

(PRIX DU PUBLIC)

 

Moïse, de son nom complet Tokumisa Nzambe po Mose yamayindo abotami namboka ya Bakoko ("Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre de ses ancêtres", en lingala), jeune congolais, atteri dès sa naissance à l'orphelinat de Loango, est le principal protagoniste de ce roman écrit à la première personne. dans cet établissement tenu par des religieux dont le père zaïrois Papa Moupelo qui sait si bien concilier les préceptes d'un christianisme bon enfant et les traditions tribales, règne une discipline stricte mais bienveillante. Le changement de régime du pays va vite créer un bouleversement en balayant la religion  et en transformant l'institution en un lieu d'endoctrinement du "Mouvement national des pionniers de la révolution socialiste du Congo". L'orphelinat dont le directeur se meut par opportunisme en un véritable despote devient un modèle réduit du chaos national. La méchanceté des nouveaux surveillants et la cruauté de camarades délinquants en herbe pèse sur les pensionnaires les plus faibles. Plutôt brave garçon, Moïse développe une exceptionnelle débrouillardise, n'hésitant ni à se compromettre auprès des caïds de la pègre enfantine et du directeur, ni à commettre - pour le bon motif - des actes répréhensibles comme celui qui lui vaudra désormais le surnom de "Petit piment". Echappé du lieu, il se retrouve avec d'autres gamins dans la jungle de la grande ville de Pointe-Noire où vols, trafics et prostitution semblent être le destin des infortunés. Maman Fiat 500, une maquerelle au coeur tendre, l'aidera à en sortir et à se trouver un vrai métier jusqu'à ce que tout bascule à nouveau pour l'adolescent devenu jeune adulte, dans le contexte de répression sanguinaire qui hante le pays.
 
Si ces situations misérables et ces personnages "cour des miracles" foisonnent dans nombre de romans africains, les mêmes ingrédients sont ici traités de manière fort prenante, faisant la part belle à l'analyse psychologique et donnant particulièrement vie, d'un bout à l'autre du récit, à tous les personnages. Les transformations de Petit piment se révèleront bien étonnantes au point que la perplexité du lecteur redoublera, la dernière page achevée. Alain Mabanckou que nous savions déjà un auteur sensible et plein d'humour manie dans cet ouvrage l'art des énigmes à interprétations multiples. 
 

KANNJAWOU 

de Lyonnel TROUILLOT, Haïti (Actes Sud, 193 pages)

(AUTRE TITRE DE LA SELECTION )

Kannyawou est un beau mot  haitien qui signifie  « la grande fête », celle dans laquelle plonge avec exubérance tout un village ou un quartier entier et à laquelle participent  résidents et visiteurs  riches et pauvres, jeunes et vieux  dans l’oubli  momentané des  maux et des inégalités… Mais, elles se font rares  ces liesses villageoises, remplacées par les « fêtes des riches », mesquines   et discriminatoires, qui se déroulent dans une ambiance d’ivresse triste et de débauche sans plaisir. Les cinq jeunes protagonistes du roman sont trois garçons et deux filles, orphelins et défavorisés à des degrés divers, tous profondément attachés à leur vieux quartier de Pointe-à-Pitre, gravitant autour de la rue de l’Enterrement, celle qui mène au cimetière local et symbolise l’aboutissement  des rêves et des révoltes de tant de générations d’habitants. Nos jeunes ont fait quelques études désabusées, suffisantes  pour  leur avoir fait entrevoir de plus larges horizons  auxquels ils ne peuvent plus croire, déçus - comme leurs aînés et leurs aïeux - par l’échec dans la corruption et la violence de tant de révolutions et de changements de régimes pourtant initiés dans l’enthousiasme et la générosité. Aujourd’hui, estime avec eux l’auteur, l’usurpateur c’est l’aide humanitaire internationale ressentie comme une nouvelle invasion par des organismes  étrangers poursuivant  leur intérêt propre.

Le lecteur assidu de Lyonnel Trouillot pourra peut-être se prendre à regretter une absence  de renouvellement dans les thèmes chers au grand écrivain haïtien. Il aura cependant plus que du plaisir à retrouver son exceptionnel ressenti de fureur et de tendresse et les ingrédients qui faisaient déjà la force de ses précédents romans, tels que ceux qui avaient déjà retenu notre attention, les années passées: une évocation vibrante de l’âme d’un peuple profondément enraciné dans un vécu collectif, la dénonciation corrosive des travers et hypocrisies mais aussi la compassion infinie pour l’être, même veule et pathétique qui erre à la recherche d’une raison de vivre, le respect pour ceux qui savent accueillir et donner. Le tout parsemé de ces magnifiques envolées poétiques dont l’auteur a le secret.

 

LA DERNIERE NUIT DU RAÏS

 

de Yasmina KHADRA, Algérie (Julliard, 207 pages)

 

(AUTRE TITRE DE LA SELECTION)

 

En se fondant sur les derniers moments de Mouammar Khadafi, le leader de la Libye pourchassé par la Coalition, Yasmina Khadra imagine, avec le talent littéraire qu’on lui sait, le ressenti d’un tyran à l’heure de sa chute. Comment un dictateur convaincu de sa mission et n’ayant aucun doute à cet égard s’interroge-t-il en de pareils instants ? Quand il repense à son action au service de son pays, aux actes sanguinaires qu’il a commis, il ne voit que la justesse de son parcours. Khadafi a su libérer son pays d’un monarque injuste. Longtemps, chef d’Etat incontesté, il aura même pu s’imposer parmi les grands leaders. Quand il se compare à d’autres dominateurs, il se considère supérieur à tous. Entouré de ses derniers fidèles, il ne perd rien de la méfiance qu’il a toujours éprouvée à l’égard de tout un chacun, un atout majeur pour préserver le pouvoir. Redoutant jusqu’à l’ultime instant, même de ses plus proches, la moindre trahison, il demeure prêt à leur faire rendre gorge. Seul son fils suscite en lui des sentiments humains. Lui qui se voyait mourir pleuré par son peuple et comblé d’honneurs, il ne peut maintenant disparaître que dans la dignité, dressé devant ses ennemis.  Il finira, en réalité, tel un fauve pourchassé par une meute, de manière misérable. 

 

Dans ce livre écrit à la première personne, on découvre l’histoire d’un homme d’origine modeste, soupçonné d’être un bâtard, humilié par la famille de la seule femme qu’il ait aimée, habité dès lors par un besoin de vengeance qui suscitera en lui une ambition démesurée et un mépris des femmes qu’il soumettra sans vergogne à ses appétits sexuels. Se comparant souvent à Issa, le Christ Jésus dans la langue du Coran, celui qui se proclamera Raïs n’est pas vraiment religieux mais obéit sans cesse à une Voix qui le guide, le conduit, tel un dieu. A la lecture d’un tel récit, on se demande si de l’Antiquité à nos jours, le monde a tellement changé qui continue d’engendrer de tels personnages façonnés par un sentiment pathologique de supériorité qui en fait les seuls détenteurs de la raison et du droit et les seuls capables de mener le peuple.

 

LE TAMBOUR DES LARMES

 

de BEYROUK, Mauritanie (Elyzad, 240 pages)

 

(AUTRE TITRE DE LA SELECTION)

 

L’histoire se passe en Mauritanie. Au cœur du Sahara vivent des bédouins respectueux de leurs traditions ancestrales extrêmement contraignantes. C’est dans cet univers que le roman de Beyrouk, un auteur bien connu dans son pays, nous fait pénétrer à travers l’épopée de la jeune Rayhana. Pour atteindre son but de jeune mère amoureuse de son enfant, retrouver le fils qu’elle a mis au monde dans des conditions inavouables pour les siens et qui lui a été arraché pour épargner la honte, elle devra s’enfuir à travers le désert, emportant avec elle, par esprit de vengeance, le tambour totem de sa tribu. Elle-même raconte sa fuite interminable et de plus en plus folle qui la conduira à vivre d’épuisantes traversées et à se rendre dans les villes d’Atar et de Nouakchott, bien différentes des lieux qu’elle connaît et où elle est accueillie par une amie puis des amis de celle-ci mais toujours poursuivie, moins pour elle-même que pour la récupération du précieux tambour.

 

Le récit bien dominé qui ne suit pas la chronologie se lit facilement et garde toujours de son intensité. Rayhana parvient à nous émouvoir du début à la fin. Les autres personnages sont aussi très bien décrits qu’ils apparaissent tendres ou cruels à travers le ressenti de l’héroïne. Il convient de souligner la qualité de l’écriture qui n’est pas pour rien dans le plaisir que procure cet ouvrage. Sa quatrième page de couverture a raison de s’achever par cette conclusion qui le définit bien : « Une épopée du désert contemporaine où se télescopent la modernité et les traditions ancestrales, l’État et les codes tribaux, l’oppression et le désir de liberté des jeunes filles, le tam-tam et les téléphones portables. Au-delà des contrastes, s’esquisse le tableau tout en finesse d’une société fascinante, éclairante sur l’actualité du monde » mais nous conseillons au lecteur d’en ignorer les premiers paragraphes avant d’avoir apprécié le roman car ils en déflorent beaucoup trop les étapes.

 

2084 LA FIN DU MONDE

de Boualem SANSAL, Algérie (Gallimard NRF, 274 pages)
 
Ce n'est  pas par hasard que le titre de ce livre évoque le célèbre 1984 de Georges Orwell. L'auteur y fera explicitement référence et les parallèles ne manquent pas. Le monde décrit vit sous une dictature totale où chaque geste est surveillé, chaque humain déshumanisé, robotisé. Il s'agit d'un totalitarisme sans limites. Ici, pas question d'une victoire de la machine sur l'homme. Dans ce roman, écrit en forme de fable ou plutôt de conte philosophique, c'est de religion qu'il s'agit. Une religion absolutiste qui s'est créée sur le fondement d'une religion traditionnelle complétement dévoyée et qui domine le monde à l'issue d'une suite de "guerres saintes". Les allusions à l'Islam et à sa dérive islamiste sont évidentes: le Dieu Yölah et son prophète appelé ici son Délégué, Abi, le livre saint qui sert de référence omniprésente mais aussi la violence de la répression, la légitimation de la délation, la soumission pleinement intégrée dans les mœurs. L'auteur, comme dans ses précédents ouvrages, ne craint pas de s'exposer même s'il affirme en exergue que son oeuvre est "de pure invention" et que le monde qu'il décrit n'a aucune raison d'exister à l'avenir comme celui d'Orwell qui ne s'est pas concrétisé. "Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle" ajoute-t-il subtilement. En Abistan, la religion inventée domine tout avec un raffinement incroyable. Elle impose même une langue dans laquelle il est obligatoire de s'exprimer - comme la novlangue de Big Brother - et qui ôte toute possibilité de s'interroger et même de croire car croire laisserait place à ne pas croire. La faculté de penser est anéantie. Il suffit au peuple de suivre aveuglément les préceptes de Yölah et d'Abi.
 
Le roman commence quand le personnage central, Ati, au sortir d'un sanatorium entreprend un long voyage de retour. C'est une expérience rare car, en dehors des pèlerinages dans les lieux sacrés, très difficilement obtenus et fortement encadrés, il n'est normalement pas possible de quitter son quartier. Ce voyage quasiment initiatique et les rencontres qu'il fera amèneront Ati à s'interroger sur un éventuel au-delà des frontières et à commencer à douter, ce qui n'est pas permis et provoque chez lui d'abord de l'angoisse. Dans le paradis terrestre, les exécutions sont pratiquées par millions. On apprendra que ce merveilleux univers sans révolte connaît des rivalités de pouvoir. On verra quel sort est réservé à ceux qui en découvrant certains indices ouvrent une brèche par où pourrait passer un faisceau des Lumières. Dormez bonnes gens mais... prenez garde aux cauchemars.
 
BESTIAIRE
de Eric DUPONT, Canada/Québec  (Editions du Toucan, 235 pages)
 

Comme l’auteur le révèle dans la préface du livre, l’histoire qu’il se décide à dévoiler n’est autre que la sienne. Avec un peu de prudence vis-à-vis du lecteur auquel il s’adresse sans arrêt, il  se risque à faire revivre son enfance, celle, plutôt banale et affligeante, d’un petit garçon et de sa sœur qui vivent dans la petite ville de Rivière-du-Loup au Québec et dont les parents se séparent dans la haine. Le père, membre assez rustre de la police canadienne, surnommé Henri VIII par son fils à l’imagination féconde, en référence au souverain anglais bourreau de des épouses, épaulé par «Anne Boleyn», sa nouvelle compagne, intellectuelle de village et féministe, arrache  les enfants à leur mère, chaleureuse et  bohème, dont il leur est interdit désormais  de prononcer le nom et dont le souvenir devra être éradiqué. La famille recomposée qui n’apporte pas le bonheur dont rêvent les infortunés enfants, va traverser en roulotte un Québec méconnu, fait de petites communautés où, en ces  frémissantes années 70, les extrêmes se côtoient et s’affrontent vertement: religiosité et athéisme militants, fédéralisme canadien et nationalisme québécois, générosité  populaire  et peur de l’étranger (on appréciera particulièrement le passage consacré à l’accueil de réfugiés laotiens dans un village du Grand Nord). Mais ce qui fait plus encore la grâce et l’originalité de ce récit est la part faite à l’animalité. Comme tant d’enfants solitaires, le jeune garçon  déchiré dans ses affections, ballotté de lieu en lieu mais lecteur inlassable, mène un perpétuel dialogue avec des animaux, bien réels, ou purement imaginaires, auxquels sont prêtés vertus et défauts humains et qui donnent leur nom à chacun des chapitres.

L’adulte qui tient la plume trente ans plus tard n’a rien oublié de son regard juvénile. Définitivement marqué par les vraies souffrances et les petits drames de l’enfance qui le hantent encore et qui le conduisent régulièrement chez un psychiatre, il déclare que l’écriture de son livre a constitué un exercice pour se libérer «d’affreuses bêtes qui faisaient la loi chez [lui]». D’où le titre qu’Éric Dupont, dont nous avions beaucoup aimé La fiancée américaine a choisi de donner à ce nouveau roman encore plus sensible et poétique.

HIZYA

de Maïssa REY, Algérie (L'aube, 344 pages)

Diplômée en traduction de la Faculté d’Alger, Hizya, 23 ans, en est réduite à travailler dans un salon de coiffure où les autres apprenties ont suivi, elles-mêmes, des formations en informatique ou comptabilité. Elle partage sa déception et son amertume  avec des  milliers de jeunes Algériennes de classe modeste auxquelles le passage à l’université aura éveillé une soif de progrès et de modernité mais pas valu la réussite sociale qui ne résulte pas des seuls titres obtenus. Etudiante désillusionnée, Hizya est également une jeune fille vivant dans une famille musulmane traditionnelle, nullement intégriste, implantée depuis plusieurs générations au sein d’un quartier à son image. Comment ne serait-elle pas constamment déchirée entre des aspirations opposées et des réactions contradictoires: besoin vital d’échapper aux mille contraintes que subit encore une jeune musulmane et désir profond à la fois de connaître ses racines et de pénétrer l’âme de femmes comme sa mère et sa grand-mère, dont l’asservissement la révolte autant qu’elle l’émeut ? Très littéraire, elle s’est choisie comme idéal féminin son homonyme, l’Hizya légendaire célébrée par les poètes arabes des temps anciens pour sa beauté sublime et ses amours  tragiques mais elle prend pour modèle une cliente du salon de coiffure, issue d’un village algérien et devenue professeur de médecine. Assez imprégnée de modernité pour refuser tout mariage arrangé comme le veut la tradition, elle n’ose cependant pas acquérir une vraie indépendance pour se lancer dans l’existence en bravant les réactions de toute sa famille et, surtout,  elle ne cesse de s’interroger sur elle-même. Peu aventureuse en amour, la relation qu’elle établira enfin avec un homme, guère plus original que les prétendants qu’on voulait lui imposer, sera toujours hésitante.

Le roman de Maïssa Rey a des allures de journal intime. Hizya se parle, s’interpelle, voudrait se convaincre mais une voix intérieure la fait revenir souvent sur ce qu’elle vient de se dire, remet tout en question. Au fil des pages, loin de se lasser de tant d’introspection, le lecteur s’attache à cette jeune femme dont il perçoit la grande richesse personnelle entravée par son insurmontable difficulté à se réaliser. A travers les confidences d’Hizya et les portraits contrastés d’Algériennes de différentes générations et différents milieux sociaux, c’est la vision d’une société désespérément immobile et étouffante, surtout  pour sa jeunesse, qui nous est présentée. Un roman tout en finesse et mélancolie d’une auteure qui s’emploie, une fois encore, à travers son œuvre, à délivrer un message empreint d’un féminisme dépourvu de toute utopie.

LA CARTE DES MENDELSSOHN     

de Diane MEUR, Belgique (Sabine Wespieser, 461 pages)

Prix du jury de l’Algue d’Or 2012, Diane Meur nous avait envoutés en faisant surgir, tel un mirage au cœur d‘un désert oriental, ses «Villes de la plaine», produit de sa vaste connaissance de l’Antiquité et de sa familiarité avec les vieux grimoires philosophiques. Dans son nouvel ouvrage, si l’auteure mérite toujours le titre de romancière de par sa belle écriture et son art de raconter, elle œuvre principalement en tant qu’historienne, documentaliste et généalogiste. Nous l’accompagnons dans ses années de recherche  sur les origines et le devenir de la vaste tribu des Mendelssohn dont le grand musicien est certes le point central mais autour duquel gravite une étourdissante constellation familiale. A l’exception du grand-père du compositeur, philosophe et humaniste du Siècle des Lumières qui eut un certain renom, aucun des frères, belles-sœurs, neveux, cousins, issus-de-cousins, que l’intrépide généalogiste traque à travers lettres d’archives et documents d’état civil n’a laissé de trace dans l’Histoire. Et pourtant, ils revivent sous sa plume, témoins de leur époque respective et de ses contradictions, conventionnels avec un brin de fantaisie, fantasques au mépris du qu’en-dira-t-on, artistes injustement méconnus comme la propre sœur du grand musicien. C’est que notre enquêtrice nous associe à sa quête interminable, nous fait partager son enthousiasme, lorsqu’elle découvre dans une vieille gazette un élément biographique pour elle déterminant, sa déception parfois, son angoisse lorsque, frappée de doute et de découragement, elle se demande  «A quoi tout cela sert-il» ?

Ce livre est une plongée saisissante,  que certains considéreront un peu longue sans doute, un peu trop érudite et où l’on tend parfois à se perdre, dans l’univers de ces tisseurs obstinés de liens entre les gens, les époques et les pays  que sont les vrais généalogistes. Si vous en avez la fibre et éprouvez de l’empathie pour tout ce qui est aventure humaine, vous entrerez insensiblement dans l’univers des Mendelssohn de Diane Meur.

 

L'ORANGERAIE                                                          de Larry TREMBLAY, Canada/Québec (La Table Ronde, 180 pages)

Dans un pays arabe non précisé où l'islamisme s'est infiltré, certaines familles sont choisies pour désigner, sous la pression de fanatiques aux intentions en réalité peu claires, un de leurs fils, en vue d'accomplir, au nom d'Allah, l'accte sanglant consistant à se rendre dans un lieu déterminé, muni d'une ceinture d'explosifs afin de commettre un attentat-suicide destiné en principe à réduire les forces de l'ennemi. Les personnages centraux du livre, Amed et Aziz, sont des jumeaux de 9 ans, dotés d'une grande complicité. Elevés sous la douce protection d'une orangeraie, ils sont soudain saisis d'un désir de vengeance après la morts de leurs grands-parents tués par un obus adverse. Ils sont aussi en admiration devant l'un de leurs camarades qui a déjà été sacrifié dans des conditions qu'ils ne jugent pas atroces car elles ont fait de lui un héros. Amed est en bonne santé tandis qu'Aziz est atteint par une maladie incurable, laquelle ne lui laisse que peu de temps à vivre. Quand vient pour les parents le moment de choisir celui de leurs fils qui accomplira le geste fatal, la décision n'est pas facile: Aziz va s'éteindre, de toutes manières, mais n'est-ce pas une raison pour accorder plutôt à Amed le bien portant, la faveur suprême de mourir en martyre ? Est-il cependant humainement supportable de perdre leurs deux garçons ?

Le récit est celui de cette tragédie vécue dans un contexte où la religion est exploitée et détournée par des terroristes. On y perçoit ce qui peut se passer dans le coeur d'un père et d'une mère aimants mais endoctrinés comme aussi dans l'esprit d'enfants qui, dès leur jeune âge, se sentent bénéficiaires et non pas victimes de ce qui leur est demandé. Pourtant, il leur faut pour aller jusqu'au bout une bonne dose de courage et on les voit traversés par de multiples réactions. On découvre encore, au fil des pages, bien des mensonges et des crapuleries qui ajoutent à l'abomination de la situation. Ce roman baigne, au-delà d'une histoire particulière imaginée avec talent, dans des réalités accablantes qui ne sont pas sans évoquer les drames de l'actualité. Pas plus long qu'il ne convient, écrit de manière limpide, il comporte une forte charge d'émotion... et d'angoisse.

L'AUTRE SIMENON   

de Patrick ROEGIERS, Belgique (Grasset, 304 pages)

C'est un ouvrage écrit au vitriol que ce roman.L'autre Simenon, c'est d'abord le frère cadet de Georges -le célèbre auteur des innombrables et remarquables Maigret-, Christian, qui est, à bien des égards,son contraire. Peu brillant, peu doué, du genre à ne laisser aucune trace. Et, d'ailleurs, jusqu'à ce que Patrick Roedgiers l'exhume e de l'oubli , nul ne s'en souvenait. Mais Christian est aussi un bien triste personnage. Engagé, à son retour du Congo belge, dans le militantisme de Rex, le mouvement fascite du belge Léon Degrelle, ce meneur tellement fasciné par Hitler, notre anti-héros ginira par prendre le commandement d'une effroyable tuerie, seule occasion pour lui de s'illustrer, même d'aussi misérable manière. L'autre Simenon, c'est aussi la face cachée peu connue à défaut d'être totalement ignorée, de Georges qui est ici présentée sans complaisance ni sympathie. L'auteur  ne lui en vaudra pas d'avoir fait échapper son frère à l'éxécution, mais il dépeint le grand écrivain comme un insatiable profiteur qui, au-delà de ses obsessions sexuelles, se compromet avec les officiers nazis dans la belle société. On ne le verra absolument pas impliqué dans des actes criminels, à la différence du médiocre Christian mais ses fréquentations, sa partcipation à des revues, le font apparaître  sinon comme un vrai collabo, au moins comme un parfait opportuniste parmi d'autres, y compris des écrivains également demeurés célèbres. Voilà ainsi tout de même bien écornée l'image du fameux fumeur de pipes.

Que penser de cette étrange narration qui, par moments, semble renvoyer dos à dos les nazis et ceux qui les combattent par des actes de violence aussi insupportables ? Comment apprécier une brutalité dans l'écriture mariée avec des traits d'esprit parfois plaisants mais qui se laissent aller, de temps à temps, aux calembours un peu trop faciles, un curieux mariage entre la description de l'horreur et la drôlerie ? On pourra trouver un tel livre choquant mais aussi se laisser prendre par son originalité, son souffle. Au lecteur de juger. Nous le signalons pour son caractère résolument hors du commun.

LE LIVRE DES BALTIMORE 

de Joël DICKER, Suisse(Editions de Fallois, 476 pages)

Joël Dicker, couronné maître du suspense policier pour La vérité sur l'affaire Harry Quebert, revient avec un roman qui ne constitue en rien le suivi du précédent ouvrage. Bien que le "héros" et narrateur à la première personne de ce nouveau récit se trouve être, nous dit-on, le même Marcus, jeune écrivain à succès du Dicker de 2012, ici pas de meurtre non élucidé, nulle disparition mystérieuse, pas d'enquête policière ni d'amours sulfureuses, à peine une référence rémanente aux contraintes de l’écriture. Nous sommes, cette fois, invités à partager, à travers le regard d'un enfant, adolescent, puis jeune homme, la vie à rebondissements d'une famille américaine très aisée, cultivée et généreuse, dont la particularité est essentiellement de comprendre deux branches dont celle qui vit à Baltimore est beaucoup plus fortunée et reconnue que l'autre.  Marcus, le fils unique de la moins huppée, cultive une relation passionnelle, teintée de frustration, avec ses deux cousins - l’un ayant été adopté - et voue une admiration sans bornes à son oncle et à sa tante qui semblent la mériter bien au-delà de leur réussite sociale. Idéalisant tout ce qui touche les mythiques Baltimore, il ne vit que dans l'attente des vacances qu'il passera dans leur orbite. Chacun des surprenants personnages de toute l’histoire, dans laquelle un élément féminin au charme irrésistible jouera bientôt un rôle central, est fort bien décrit, avec ses singularités, ses états d’âme, son caractère, son côté positif et ses travers, même si, cette fois encore, l'étude de mœurs est plus comportementale que psychologique. L'auteur nous tient en haleine en évoquant, de façon peut-être un peu trop lancinante, dès les premières pages, “le Drame” qui, après d’autres épreuves, frappera nos Américains telle une tragédie grecque. Amours déchirantes, ambitions et jalousies, scandales et violence, mais aussi tendresse et fidélité, on trouve dans ce livre où l’émotion et le suspense règnent en maîtres, la plupart des ingrédients des meilleures séries télévisées que l’on a, avouons-le, un peu honte à regarder mais dont on ne peut se défendre d’attendre l’épisode suivant avec une réelle impatience.

La dextérité de l’auteur à doser les ingrédients et à tordre les ficelles, ainsi que son attrait fondamental pour les bons sentiments se confirment en marquant sans doute ses limites. Ils classent probablement Le livre des Baltimore au rayon des produits de grande consommation mais de très bonne qualité et sacrément agréables à dévorer.

 

LES ETRANGERES

de Irina TEODORESCU, Roumanie (Gaïa, 218 pages)

Joséphine est une petite fille roumaine, très roumaine qui est fortement attachée à son pays. Elle a de proches parents français qui vivent à Paris, ce qui lui permet de circuler librement au temps du communisme. Elle doit même rester dans l’Hexagone pendant un an par crainte des contaminations dues à la catastrophe de Tchernobyl mais elle ne rêve que de rentrer. Etrangère hors de la Roumanie. Elle a des dons, Joséphine, d’abord pour le violon puis pour la photographie. Elle aime fixer le réel qu’on ne voit pas, étrangère à ce qui bouge. Sa passion pour l’image et sa détermination à revenir en Roumanie l’amènent à commettre en France un acte ignorant de toute convenance qui pourrait compromettre son avenir mais sera à l’origine de sa vocation d’artiste révélée au public. En Roumanie, les bouleversements politiques contribuent à entraîner la jeune femme, de plus en plus libérée, dans un rêve entretenu par sa gloire et sa vie facile, éloigné du monde réel. Sa rencontre amoureuse avec la danseuse Nadia, seconde héroïne du roman, sera source d’une nouvelle éclosion pour Joséphine. Le lecteur découvre alors la personnalité et le parcours douloureux de cet autre être tourmenté qui, elle aussi, connaîtra des exils intérieur et extérieur. Bien différentes l’une de l’autre, les deux femmes finiront par ne plus se comprendre.

Caractérisé par une écriture originale et remarquablement maîtrisée, le roman d’Irina Teodorescu, dans lequel s’expriment, parfois au détour des mêmes phrases, le narrateur et les personnages, dresse finement des portraits saisissants et explore les mille facettes du mot titre du livre.

LES PREPONDERANTS

de Hedi KADDOUR, Tunisie (Gallimard NRF, 460 pages)  

A l’orée des années 20, le monde vit encore des répercussions de la première guerre mondiale, la colonisation est toujours à son zénith mais déjà on voit poindre les ferments de nombreux bouleversements, politiques et culturels. Le livre très dense de Hedi Kaddour fait renaître cette période charnière à travers tous les personnages d’un récit qui commence dans un protectorat imaginaire du Maghreb où se côtoient selon un code social rigoureux !es autochtones, les colons et les fonctionnaires de l’administration française. L’arrivée en provenance des Etats-Unis d’une équipe de tournage en quête de couleur locale pour un film romantique, heurte, par ses mœurs libérées, le vernis de respectabilité des notables français et des étrangers triés sur le volet qui fréquentent le sélectif Cercle des prépondérants. Ce n’est  toutefois pas le premier des nombreux  clivages  qui ont déjà commencé à mettre à mal l’équilibre de  cette  construction sociale. Clivage entre la partie de la population arabe férocement attachée au respect de ses traditions et  jeunes intellectuels locaux éduqués à l’occidentale, inspirés parfois par l’idéologie marxiste, qui aspirent  à introduire le progrès et à libérer le pays de sa dépendance, opposition entre les colons béatement  satisfaits du système en place et ceux qui voudraient aller plus loin en fondant un Etat sous leur seule coupe. Et même les représentants libertaires du 7ème art américain doivent compter avec la dictature des groupements moralistes et puritains d’Outre-Atlantique tels que le mouvement féministe des Vigilantes. On côtoie dans ce roman des personnages représentatifs de chaque culture et  fort bien campés tels que Ganthier, un colon ancien militaire, propriétaire terrien et philosophe à ses heures, Gabrielle, une journaliste parisienne intrépide et libérée, Rania, une jeune veuve intelligente et volontaire qui voudrait secouer l’oppression pesant sur la femme arabe, Kathryn une actrice américaine qui cherche sa voie, surtout peut-être Raouf, un jeune arabe intellectuel et révolutionnaire mais aussi très romantique, fils d’un caïd, et bien d’autres, seulement esquissés. Au-delà des attirances qui s’épanouissent ou sont vouées à l’échec, selon les cas et donnent au récit sa dimension sentimentale, les pérégrinations de nos “héros” sont un prétexte pour nous plonger dans l’atmosphère tant de l’Afrique du Nord pas encore en vraie mutation que de l’Europe où l’on perçoit notamment le terreau sur lequel va se développer le national-socialisme dans une Allemagne sur qui pèse de plus en plus lourdement l’occupation des vainqueurs.

Le livre très documenté d’Hedi Kaddour associe un regard érudit sur les évolutions et les cultures, multipliant tout à loisir de nombreuses digressions instructives, peut-être un peu trop abondantes, à des histoires de cœur et des pratiques qui donnent souvent l’impression de rapports de force entre ceux qui les vivent. Sans doute les prépondérants que fait apparaître le roman sont-ils d’abord ceux que l’on nomme ainsi dans le Protectorat mais également ceux qui dominent les communautés en présence comme les relations personnelles entre les protagonistes. D’où le titre bien choisi par l’auteur.

NOUS DÎNERONS EN FRANCAIS 

de Albena DUMITROVA, Bulgarie(Galaade, 207 pages)

Alba, une adolescente soudainement frappée d'une pathologie neurologique qui lui paralyse un côté et menace sa vie côtoie dans un hôpital, Guéo, un haut fonctionnaire qui a l'âge d'être son père, est couvert d'épouses, de maîtresses et d'enfants légitimes ou naturels et soigne quant à lui des troubles bipolaires et un alcoolisme galopant. Ils ont une liaison qui se meut en une histoire d'amour charnelle et passionnelle. La singularité de cette romance plutôt banale est qu’elle se déroule en Bulgarie dans les dernières années de la période communiste. En Union Soviétique, la Perestroïka a été instaurée et celle-ci doit inspirer les régimes encore sous sa domination. Guéo est membre du Politburo bulgare et il est chargé de rédiger un rapport dont on ne connaitra le contenu qu’en postface au livre mais qu’on voit inquiéter plus d’un membre de la nomenclature. C’est à cause de ce document qui pourrait prendre les allures d’un brulot et que son auteur tarde à remettre que la vie du couple sera constamment perturbée au point d’amener la jeune fille à poursuivre ses études en France où elle demeurera seule en attendant de diner un jour à Paris avec un Guéo qu’elle espère retrouver.

S’il a paru intéressant de signaler ici le roman d’Albena Dumitrova, malgré une certaine faiblesse de son écriture et de l’intrigue, c’est essentiellement parce que celui-ci nous offre, un quart de siècle plus tard, une incursion dans la psychologie d'une espèce peu étudiée, celle des derniers apparatchiks vivant dans un régime qui s’emploie à suivre l’exemple du grand frère pour survivre au prix d’une évolution radicale. Certains de ceux que l’on découvre apparaissent plus ou moins lucides, parfois brillants et sensibles. Derrière la démarche d’obéissance, on comprend que se cache l’espoir de beaucoup de transformer l’essai en vue de consolider, sous l’apparence du changement, le bénéfice des abus et des corruptions dont ils ont profité. Ce que d’autres, toujours habités par l’idéal du socialisme, ont à cœur de dénoncer.

 

 
VILLA DES FEMMES
de Charif MAJDALANI, Liban (Seuil, 279 pages)
 
Nous sommes au Liban, au coeur des années 60, non loin de Beyrouth. Le pays est prospère. dans la ville, vaste domaine au sens romain du terme, vit une famille plus ou moins unie, dominée par la figure du père Skandar Hayeh, chef de clan, dont la renommée repose sur son immense fortune, édifiée à la force du poignet, la qualité des tissus sortis de son usine, mais également son aura d'homme juste et avisé. Maître incontesté de la concertation et du palabre levantin, il fait les élections locales et sert de médiateur dans les conflits mineurs qui commencent à poindre entre les Chrétiens et les Palestiniens. Dans la villa règne l'opulence sinon le bonheur, femmes et adolescents rêvant chacun dans  sa sphère d'autre chose que de cette existence confortable mais strictement encadrée, les serviteurs remplissant sous une autorité bienveillante des tâches répétitives. Lorsque le chef décède cet équilibre bascule et, en quelques mois, la famille se trouve au bord de la ruine tandis que, parallèlement, le pays s'enfonce dans les conflits et les destructions de la guerre civile.
 
Deux éléments font l'originalité de ce récit très agréable à lire et absolument dépourvue d'idéologie: le narrateur est un domestique, haut  placé dans la hiérarchie ancillaire de la villa et surtout dans la confiance de ses maîtres et maîtresses, gardien et également chauffeur qui recueille derrière son volant  les confidences  aussi bien que les propos qui ne lui sont pas destinés; sans vie privée, il est platoniquement et simultanément amoureux de la splendide maîtresse de maison, de sa fille si moderne et de la première servante. Il s’agit aussi de l’attitude des femmes de cette villa qui donnent son titre au livre: élevées de façon traditionnelle sans aucune voix au chapitre, surtout pas concernant leur propre destinée, mariées ou laissées pour compte selon les intérêts du clan, devenues rêveuses, absentes ou affreusement revêches, les voilà contraintes, lorsque la famille se trouve proche de la faillite - usine sacrifiée par les lubies du fils présent, vergers à l'abandon, autre fils absent - de prendre sans énormément de génie ni de succès, les rênes de la villa et de gérer la présence envahissante de miliciens. Le fils aventurier reviendra-t-il en sauveur ? Là est leur espérance. L’ancien monde domine toujours les esprits: on est loin de la prise de conscience que les femmes aussi sont capables de gouverner. Déjà reconnu par un jury, le roman de Charif Majdalani vient de recevoir le Prix Jean Giono 2015.

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Commentaires

14.07 | 00:56

Merci à vous !

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13.07 | 21:26

merci pour cette rencontre avec les briacins et briacines
avec les membres du jury et à tous les lecteurs et lectrices

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15.06 | 00:22

Merci. Votre coup de coeur est enregistré

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12.06 | 08:27

Un coup de cœur pour Suisen d’Aki Shimazaki

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