Conseils de lecture 2018-2019

DE PURS HOMMES de Mohamed Mbougar SARR, Sénégal (Philippe Rey, 191 pages) 

Le récit que conte De purs hommes  est narré par son protagoniste, Ndéné Gueye, un jeune professeur de lettres sénégalais, fatigué par l’hypocrisie morale de la société qui lui interdit d’évoquer dans ses cours de grands auteurs français, tels que Verlaine, en raison de leur homosexualité alors que lui ne voit que le génie de leur œuvre. Ndéné n’est cependant pas encore vraiment révolté au début du roman. Il serait même, plutôt, un peu homophobe. L’événement déclencheur est l’existence d’une vidéo virale qui circule sur le web montrant une terrible scène : le déterrement d’un homosexuel enseveli dans un cimetière musulman où il ne saurait avoir sa place puis traîné à l’extérieur par la foule. C’est la petite amie du héros, une personne aux mœurs très libérées, qui, profondément choquée, lui met les images sous les yeux.  Ndéné ne réagit pas assez vite selon elle, provoquant son indignation. Progressivement le garçon prend conscience de la monstruosité d’une exclusion qui va jusqu’à juger des personnes non seulement pécheresses, au regard de la religion, mais définitivement indignes d’appartenir à l’espèce humaine, et à les traiter, de ce fait, comme des parasites.

Plus encore que la dénonciation d’un dogmatisme mortifère, si éloigné des valeurs ancestrales de l’Afrique profonde mais qui n’épargne pas celle-ci, c’est le long cheminement intérieur du jeune enseignant que décrit de manière prenante le roman. Des moments, également d’une grande intensité, font intervenir d’autres personnages intéressants, tel cet imam père du héros, qui est assez ouvert pour implorer la clémence d’Allah à la mort d’un « homme-femme » selon l’expression employée, quitte à se le faire aussitôt reprocher. Cependant c’est le même père qui avoue à son fils que s’il le savait atteint de la maudite tare, il le tuerait. On découvre l’homosexualité bien cachée de certains responsables. Les femmes semblent davantage dominées par un sentiment d’amour : la mère si touchante de celui qui a été violemment exhumé, celle de Ndéné, les plus jeunes au comportement moderne dont certaines paraissent même ne pas redouter d’afficher leur bisexualité, sans doute moins réprimée que l’homosexualité masculine.

Le message instructif et poignant du livre de Mohamed Mbougar Sarr est, une fois de plus, celui de l’emprise que le fanatisme de tous ordres - religieux dans le cas présent - peut parvenir à exercer sur un peuple comme les autres. Ce que montre plus encore ce roman et qui fait son originalité,  c’est la difficulté personnelle, même pour un être cultivé, de ne pas se laisser prendre au piège mais de réagir intérieurement et vis-à-vis des autres, au risque de mettre en péril sa sécurité.

DIÊN BIÊN PHÙ de Marc Alexandre OHO BAMBE, Cameroun (Sabine Wespieser, 221 pages)

Alexandre a fait la guerre en Indochine, motivé surtout par une existence sans espoir. Bien vite il s'est convaincu que la guerre était absurde et il s'est mis, au contact de la population, à partager la volonté d'indépendance du pays. Longtemps après son retour, il n'a toujours qu'un rêve, celui de retourner au Vietnam, pour retrouver Maï Lan, la "fille au visage lune" qu'il a connue durant le conflit et dont il est alors tombé éperdument amoureux, un sentiment partagé. La jeune femme ne l'a cependant pas suivi, en raison de son attachement à son propre peuple.

Pendant vingt ans, Alexandre a repris sa vie en France, aux côtés de son épouse pour qui il n'a jamais éprouvé de sentiments aussi forts, élevé avec elle leurs enfants, continué de voir Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais qui lui a sauvé la vie et avec qui l'amitié sincère s'est poursuivie. Mais le souvenir de Maï Lan l'obsède toujours. C'est pourquoi il finit par mettre à exécution son projet un peu fou de partir à la recherche de son grand amour. On le suit, dans ses démarches incertaines. Le lecteur se laisse séduire par le déroulement de cette quête inlassable dont on ne révélera pas ici l'issue assez inattendue.

Le récit, d'une très belle écriture, est rythmé par les poèmes qu'Alexandre n'a eu cesse de composer en pensant à sa lointaine égérie, durant les deux décennies. Il se dégage du roman un charme à la fois poétique et musical. Rien de surprenant de la part de l'auteur, Marc Alexandre Oho Bambe, lui-même poète et slameur qui se produit aujourd'hui sur les scènes du monde entier.

FRÈRE D’ÂME de David DIOP, Sénégal (Seuil, 175 pages) 

Durant la Grande Guerre, Alfa Ndiaye, le protagoniste, se trouve dans une situation dramatique. Son compagnon de tranchée, Mademba Diop, un autre  jeune Africain du même village, avec lequel il a tout partagé depuis l'enfance, mortellement touché, le supplie de l’achever. Alfa ne parvient cependant pas à accomplir ce geste de délivrance et il laisse Mademba agoniser dans la souffrance. Alfa en nourrit un remords qui ne le quittera jamais. Cet épisode terrible l’amène à devenir un guerrier impitoyable, tuant l’ennemi au-delà même des ordres qu’il reçoit, car il fait précéder l’exécution d’un moment de torture d’une effroyable sauvagerie en se servant de sa machette. En chacune de ses victimes, il pense faire payer la mort de Mademba. Peut-être l’une d’elles est-elle l’auteur de cette mort ?

D’abord admiré pour son courage quand il prend des risques inouïs pour accomplir sa mission en sortant seul, en pleine nuit, Alfa Ndiaye va progressivement susciter la crainte dans son propre camp et la jalousie de son gradé blanc, lui-même un être d’une grande cruauté qui n’a sans doute pas l’« excuse » de la vengeance. Les autres Africains vont jusqu’à se persuader qu'Alfa est un sorcier. Pour se débarrasser de lui, on le renvoie à l’Arrière. C’est une autre période de sa vie qui s’engage pour Alfa. Le fera-t-elle sortir de ses obsessions ?

Le lecteur doit en être sérieusement averti : cet ouvrage est d’une très grande dureté, surtout dans sa première partie qui décrit avec minutie les atrocités du protagoniste. Cependant, écrit à la première personne, c’est un roman envoûtant et d’une grande qualité littéraire. Son style n’est pas sans évoquer celui des grands livres religieux, avec l’omniprésence de formules telles que « Mademba, mon plus que frère » ou « par la vérité de Dieu » et des phrases répétées comme dans la Bible ou le Coran, au-moins dans leurs versions françaises. La mort est omniprésente dans le récit mais également une dimension spirituelle qui semble la dépasser. Le titre Frère d’âme est ainsi plus qu’un jeu de mots. Le livre a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens.

FUKI-NO-TÔ de Aki SHIMAZAKI, Canada/Japon (Leméac/Actes Sud, 143 pages) 

Dans Fuki-no-tô,  nom d’une fleur, une constante de ses écrits, Aki Shimazaki, nous livre l’aventure d’une femme qui a accompli son rêve de diriger une petite ferme biologique, grâce à un mari très amoureux, dévoué, prêt à tout sacrifier pour elle et préserver son couple. L’homme a ainsi changé de situation professionnelle et rompu avec la maîtresse, particulièrement séduisante, qu’il fréquentait secrètement. Atsuko, la protagoniste, a deux enfants qui ne suscitent aucun problème. La famille est idéale. Mais voilà ... Son existence est soudainement bouleversée par des retrouvailles imprévues avec son amie d’enfance, envers qui elle a toujours eu une forte attirance, plus que partagée. Son époux va jusqu’à encourager, sans crainte, leur rapprochement.

Aki Shimazaki, fidèle à son style, procède à travers la succession juste assez détaillée de faits mais surtout la découverte d’une évolution intime de ses héros, narrée très simplement, sans aucune emphase. Il est impossible de ne pas être sensible à leurs tourments, à leurs conflits intérieurs, énoncés tout en finesse et sans ambages.

Fuki-no-tô  constitue une nouvelle composante de l’édifice littéraire de l’écrivaine japonaise qui vit depuis 1991 au Canada. Mitsuba a obtenu le premier prix de l’Algue d’Or en 2009 et plusieurs des titres suivants ont fait partie de nos sélections. Comme toujours, les pièces s’emboîtent et les lecteurs fidèles peuvent trouver, à travers l’évocation de personnages, plus ou moins secondaires, des références aux ouvrages antérieurs. Toutefois, chacun de ces courts romans, à peine plus long qu’une nouvelle, peut se lire en ignorant tout des précédents. A chaque fois, il s’agit de découvrir un aspect de la société nippone, de sa culture, en suivant l’histoire des acteurs du récit. Le point commun qui ne cesse de captiver est l’analyse de la subtilité des sentiments, de la délicatesse des attitudes et la révélation de l’attachement profond à l’ordre moral qui pèse sur les comportements.

JE SUIS SEUL de BEYROUK, Mauritanie (Elyzad, 108 pages) 

Étonnant ce soliloque que nous propose Beyrouk dont nous avions déjà beaucoup apprécié la saisissante épopée dans Le Tambour des Larmes. Cette fois, le protagoniste est seul, reclus dans une petite chambre pendant toute une nuit, évitant à tout prix de faire remarquer sa présence, dans l'attente de son hypothétique délivrance. Dans l'obscurité, il ne trouve pas le sommeil. Les étapes de sa vie - de son enfance de bédouin misérable bien qu'héritier d'un prophète guerrier prestigieux à ses exactions aux cotés de son beau-père, notable corrompu - reviennent le hanter. D'autres personnages colorés traversent aussi sa mémoire. Ces êtres, il les fait découvrir au lecteur par étapes, revenant sur les uns et sur les autres, révélant ainsi par touches successives leurs portraits ainsi que sa propre histoire. A l'écouter se parler ainsi à lui-même, on va de surprise en surprise. Surtout, on se demande jusqu'au dénouement de quelle manière son épreuve va bien pouvoir se terminer. 

Comment le narrateur s'est-il trouvé dans cette situation ? Ce bédouin devenu puissant et riche avait éprouvé le besoin de s'éloigner pour retourner dans le désert, lieu de ses origines. Il ignorait tout de ce qui pouvait se passer dans la ville pendant son absence. A son retour, il découvre, trop tard pour rebrousser chemin, que les Islamistes ont pris le pouvoir. Lui qui était compromis avec le régime déchu sait ce que signifierait se faire prendre. N'ayant d'autre solution, il retrouve son ancienne compagne et la supplie de le cacher. Elle qui sait le risque qu'elle court, accepte de l'héberger, non sans un certain agacement et le laisse seul le temps d'essayer de lui trouver un moyen de s'échapper. C'est dans cet espoir que l'homme vit ces heures interminables de solitude. La femme va-t-elle revenir le chercher ? N'aura-t-elle pas été arrêtée ? Ne l'aura-t-elle pas trahi en le dénonçant pour se venger de l'avoir naguère abandonnée ?  

Le roman de Beyrouk ménage le suspense, l'angoisse de l'attente. Si l'on n'est pas vraiment pris de sympathie pour le cloîtré qui n'est pas si recommandable, on ne peut que partager avec lui un sentiment d'oppression que restitue ce court récit à l'écriture maîtrisée. 

LES PORTEURS D'EAU d'Atiq RAHIMI, Afghanistan, (P.O.L., 235 pages)

Le 11 mars 2001, les deux Bouddhas de Bâmyân sont détruits par les Talibans. La communauté internationale s'en émeut. C'est le même jour que les vies de deux Afghans vont basculer. Ce sont elles que Atiq Rahimi a choisi de nous conter dans son roman, alternant de chapitre en chapitre,l'histoire d'un des protagonistes et celle de l'autre. Deux histoires, deux vies en apparence sans rapports mais dont on comprendra qu'elles illustrent une même réalité sous-jacente.

Yussef vit à Kaboul. Il est porteur d'eau parce que son père l'était déjà et, comme ce dernier, il subit un état qu'il n'a pas choisi. Du matin au soir, il fait des allers-retours à la source dont lui seul connait l'accès, pour remplir son outre et livrer l'eau à la population qui en est dépourvue et qui, plus que jamais en cette période de sécheresse, vit dans le besoin.  L'homme ne ménage aucun effort pour accomplir sa tâche mais sa pensée est sans cesse ailleurs. Elle ne quitte pas sa belle-soeur qu'il a accueilli chez lui comme le veut la tradition, lorsque son frère est parti, rompant toute relation avec les siens. Il éprouve pour elle un sentiment confus, dans lequel se mêlent une indicible tendresse, un désir refoulé et de la méfiance, comme une forme de jalousie amoureuse. Il s'étonne qu'elle rêve souvent à haute voix, dans une langue qui n'est pas la sienne et pourrait bien être indienne comme celle de son meilleur ami. C'est de cette forte attirance mêlée de soupçon que va naître la suite. Le héros de l'autre histoire est Tom qui a quitté l'Afghanistan il y a longtemps, avec sa femme - un exil compliqué qui a renforcé les liens et qui a débouché sur une vie tranquille, en France. Tom s'occupe de la réalisation légale de la copie d'oeuvres d'art. Son métier le conduit à voyager, notamment à destination d'Amsterdam. Un jour, il prend en stop une jeune femme, restauratrice de tableaux. La rencontre va provoquer un choc affectif, nourri de mystères. N'y tenant plus, Tom abandonne sans bruit son épouse et leur enfant et, en ce fameux jour, prend la route pour la capitale des Pays-Bas. Il nourrit l'espoir de se libérer complètement du passé avec son nouvel amour. Là commencent l'aventure et le temps des révélations. 

Le roman, d'une très belle écriture, va bien au-delà de la narration de deux passions. Elles-mêmes ne sont en fait que prétexte à une réflexion beaucoup plus profonde. Cette dernière se nourrit de symboles dont on perçoit progressivement la signification, comme celle, très poétique, de l'omniprésence de l'eau : l'eau que livre Yusef mais aussi celle qui tombe à flots pendant tout le voyage de Tom et celle qui coule dans les canaux de la principale ville néerlandaise. Plus que tout, on y trouve une révélation de la force attractive des origines du peuple afghan qui précèdent la conquête par les Arabes. De l'eau, qualifiée de "métaphore", à un moment, par l'auteur lui-même, on remonte aux sources. Ce n'est pas par hasard si Atiq Rahimi, a situé dans le temps ses deux récits à l'heure de la destruction des deux Bouddhas. 

LÈVRES DE PIERRE de Nancy HUSTON, Canada (Actes Sud, 230 pages) 

Comme elle le dit elle-même en introduction à son roman, Nancy Huston rêvait de consacrer sa prose au Cambodge, pays qui la passionne. Mais sous quel angle l’évoquer ? La voici curieuse de comprendre comment cette terre de douceur a pu se transformer un temps en un abominable Kampuchéa Démocratique. Plutôt que de se livrer à une analyse politique ou sociologique, elle choisit de consacrer son récit, fondé sur la réalité, au grand responsable de la dictature sanguinaire des Khmers rouges, Pol Pot.

Le Pol Pot dont elle parle et à qui elle s’adresse en le tutoyant n’est pas encore celui qui parviendra au pouvoir sous ce nom. Il ne s’appelle alors que Saloth Sâr. Il s’agit d’un jeune garçon d’origine rurale privé de toute affection et considéré comme dépourvu d'intelligence, ballotté au gré de mesquines ambitions familiales, désireux de devenir moine bouddhiste avant d'être envoyé à Paris comme étudiant et de se convertir au marxisme militant. Nancy Huston fait revivre ce parcours de manière détaillée et très éclairante. La biographie s’arrête au moment où Pol Pol devient le dictateur que l’on sait. Mais le roman ne se limite pas à cela. L’écrivaine constate que sa trajectoire personnelle a bien des similitudes avec celle de Saloth Sâr même si elle n’a pas débouché sur semblable dérive. C’est surtout à l’égard de l’emprise idéologique dans le Paris estudiantin fiévreux des années soixante et suivantes que le rapprochement se comprend. Dans la seconde partie de l’ouvrage qui parle de Nancy Huston elle-même, le mode d’expression change. La narration passe à la troisième personne et l’auteure devenue protagoniste se choisit le pseudonyme de Mad Girl. Elle s’en explique dès les premières pages du livre : il est pour elle plus aisé de se projeter dans un personnage que d’employer le je ou le moi. Néanmoins, c’est bien encore d’une biographie qu’il s’agit. Pol Pot fait, dans le texte, des apparitions en forme de citations qui font découvrir la réalité de celui qui n'estplus seulement un idéaliste mais un redoutable gouvernant. Cette situation n’est pas sans ébranler la conscience de la jeune femme.

L’entreprise du roman est certes audacieuse dans la comparaison qu’elle opère entre ses deux « héros », tout en montrant d’évidentes limites, mais Lèvres de pierre  trouve son principal intérêt dans ce qu’il révèle de la genèse du tyran cambodgien, assez méconnue, comme de celle de Nancy Huston, dévoilée sans excès de pudeur.

MANGER L'AUTRE d’Ananda DEVI, Maurice (Grasset, 218 pages) 

Qu'un enfant vienne au monde avec un poids anormalement élevé puis ne cesse de grossir au point de devenir énorme ne relève pas de la pure imagination. Pour rare qu'il soit, le phénomène existe bien dans la réalité. Ananda Devi s'en est inspirée comme point de départ de son roman. D'un bout à l'autre, elle se met dans la peau de l'héroïne et donne à partager sa souffrance. L’histoire  commence dans le réalisme pour s'achever sur un geste de désespoir digne d'un film d'horreur. Cela n'en rend pas moins sa lecture prenante, bien au contraire.

La mère de la protagoniste l'abandonne tout de suite, incapable de surmonter l'épreuve, tandis que son père , qui veut lui vouer tout son amour, agit de manière maladroite et étouffante. Les camarades de classe font preuve d'ironie et de cruauté. Réfugiée dans l’imaginaire la jeune fille s'est inventé une sœur qu'elle aurait dévorée dans le ventre maternel et qui lui parlerait comme une sorte de double d'elle-même. La suite va de l'espoir d'une conquête de soi à la survenue d'un drame sur fond d’Internet perçu comme un Minautore dévoreur de jeunes âmes.

Ce récit, qui a déjà obtenu le prix 2018 au Festival Etonnants Voyageurs, ouvre de multiples pistes de réflexion sur le vécu tragique d'un handicap majeur, ses conséquences sociales et des réactions psychologiques poussées à l’extrême. A travers une écriture moderne, sans retenue, n'hésitant pas à user de descriptions très crues dont la brutalité peut sans doute parfois heurter, il met en relation un mythe antique et des défis contemporains. Ce faisant, il dénonce l'intolérance de nos sociétés actuelles comme les effets dévastateurs de l'usage immodéré des réseaux sociaux. Il dérange utilement.

UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS  de Wilfried N’SONDÉ, Congo (Actes Sud, 269 pages) 

A la fin du XVIe siècle, le Congo alors appelé Kongo a été christianisé par les Portugais. Ceux-ci obtiennent du roi du pays et de ses successeurs l’organisation d’un trafic d’esclaves en échange de la mise à disposition d’ouvriers spécialisés dans le travail du cuivre et du bois ainsi que du don de divers biens. Un jour toutefois, le souverain régnant, conscient de l’atrocité qui se produit à l’encontre de son peuple et peu confiant dans son entourage, fait venir un modeste prêtre très éloigné des vices de la capitale et connu pour son innocence afin de le charger d’une mission secrète: se rendre auprès du pape, seul capable de faire jouer son autorité pour que soit mis fin à cet ignoble commerce d’êtres humains. Ce monarque qui espère aussi obtenir que le Kongo, reconnu par le Vatican comme première nation catholique d’Afrique, s’affranchisse définitivement de la tutelle portugaise, fait appel au roi de France, Henri IV, pour assurer le voyage de son émissaire. Une longue traversée va commencer pour celui-ci. L’épopée qui durera des mois sera rude et hasardeuse jusqu’à la fin du roman.

C‘est le jeune ecclésiastique qui raconte. Quand il découvre que le bateau qui le transporte doit effectuer un détour Outre-Atlantique pour livrer une cargaison d’esclaves, ses frères de couleur, hommes, femmes et enfants, retenus dans la cale, l’abomination sous ses pieds ne fait que justifier davantage la mission qu’il doit remplir coûte que coûte. L’expédition connaît de nombreux aléas. Les atrocités se multiplient et aussi les intrigues. Le prêtre ne lâche pas prise. Le Dieu d’amour auquel il croit fermement, ses ancêtres qui l’assistent comme tout Africain le sait et un jeune mousse énigmatique devenu son ami sont ses alliés dans l’épreuve.

Dans le roman de Wilfried N’Sondé, dont nous avions déjà apprécié Fleur de Béton et Berlinoise, au-delà d’un récit d’aventures palpitant, on trouve une réflexion vibrante sur les rivalités de domination, la quête du profit au mépris de victimes traitées comme des marchandises et aussi le détournement de la religion, sous forme d'intégrisme,  à l'heure de l'Inquisition. A travers ce regard sur une époque, l’auteur met en lumière jusqu’où, dans la nature même de l’humain, peuvent aller cruauté, turpitude, fanatisme et violence mais également, ici sous la figure d’un héros – ou peut-être d’un saint-, l’esprit de sacrifice et la grandeur d’âme. Une manière de remémorer le passé mais encore d’en appeler à la conscience des sociétés d’aujourd’hui.

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Commentaires

06.02 | 22:23

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré.

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06.02 | 15:16

J'ai découvert avec bonheur, FUKI-No-Tô, ouvrage raffiné, consacré à l'amour conjugal, au couple, à son rapport au sexe, relate les tourments les plus intimes et les blessures d'enfance de deux femmes, tout en pudeur et délicatesse. A travers ce joli

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14.07 | 00:56

Merci à vous !

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13.07 | 21:26

merci pour cette rencontre avec les briacins et briacines
avec les membres du jury et à tous les lecteurs et lectrices

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