Conseils de lecture 2019-2020

DÉRANGÉ QUE JE SUIS  d'Ali ZAMIR, Comores (Le Tripode, 147 pages) 

Dérangé qu'on ne connaîtra que par ce surnom que même lui s'attribue sans cesse ("Dérangé que je suis", il le répète souvent) est un docker installé sur l'île comorienne d'Anjouan, celle où l'auteur est né. Chaque jour, au port international Ahmed-Abdallah-Abderamane de Mutsamudu, il peine à trouver des clients pour assurer sa modeste existence. Il n'en veut à personne et n'a pas d'autre ambition que de subsister dignement. Cette attitude lui vaut d'être considéré avec mépris par un trio de concurrents, les Pipipi (Pirate, Pistolet et Pitié) qui, contrairement à lui, ne s'encombrent d'aucun scrupule. Provoqué par ces derniers, il accepte de se livrer à une étonnante compétition de chariots que ses adversaires sont convaincus de remporter. Il n'aurait peut-être pas accepté de relever le défi sans les encouragements d'une femme très avenante mais qui se révélera redoutable. Jusqu'au dernier moment, il aura même le moyen de se dérober grâce à un compromis malhonnête auquel il se refuse cependant.

Dérangé que je suis brosse le portrait d'un personnage loyal, courageux et prude, victime désignée de la vie, dont le comportement irréprochable se heurte à des agressions qu'il n'a pas la capacité de surmonter. On peut y voir l'image d'un naïf incapable d'affronter la dureté de l'existence mais aussi celle d'un parfait honnête homme. 

 Au-delà d'une histoire racontée de manière linéaire à la première personne - on ne comprendra dans quelles conditions qu'à la fin - le roman d’Ali Zamir a une certaine portée philosophique.  Il fait resurgir des mythes et illustre un attachement à des valeurs morales au-delà du raisonnable à moins que la fidélité à celles-ci justifie une forme d'héroïsme. Dérangé, l'est-il vraiment ? Au lecteur d'en décider. Du point de vue de la forme, le style est vif et entraînant. L'écriture est plaisante et accessible malgré parfois l'emploi de mots rares qui font recourir au dictionnaire. Jamais inventés mais puisés dans les auteurs du passé, ils traduisent en fait une connaissance rare de la langue. A tous égards, ce roman manifeste ainsi profondeur et originalité.  

MAÏMAÏ de Aki SHIMAZAKI, Canada/Japon (Leméac/Actes Sud, 172 pages) 

La séduisante Mitsuko, propriétaire appréciée de la librairie Kitó, meurt subitement. Elle laisse orphelin son fils unique Taró, né d'un père espagnol qu'il n'a pas connu car décédé prématurément selon les dires de Mitsuko. Ce beau jeune homme, peintre de talent qui exerce aussi le métier de mannequin, présente surtout la caractéristique d'être sourd-muet. Taró décide de transformer la librairie en atelier et galerie et de se consacrer désormais exclusivement à son art. Sa grand-mère, très âgée, pour qui il éprouve une vive affection, continuera de demeurer avec lui. Soudain, il reçoit la visite surprise d'Hanako, une jeune femme venue lui présenter ses condoléances. Celle-ci n'est autre que la fille d'une femme de diplomate qui fréquentait la librairie, vingt ans plus tôt, jusqu'à la nomination de son mari à l'étranger. La dame était toujours accompagnée de sa gamine et les deux enfants jouaient gaiement ensemble malgré le handicap du garçon. Les retrouvailles éveillent entre les jeunes gens plus que des souvenirs mais un véritable sentiment amoureux. Hanako doit maintenant présenter Taró à ses parents. Tandis que son père accepte volontiers le prétendant, malgré la différence des statuts sociaux, sa mère exprime une vive opposition qui s'explique mal car elle avait toujours manifesté de la tendresse pour le petit de la libraire. Des vérités vont être révélées auxquelles Taró, le narrateur, était loin de s'attendre. 

Les lecteurs réguliers d'Aki Shimazaki dont les courts romans, axés sur un personnage, s'enchaînent régulièrement, auront compris la situation depuis le début du livre mais la magie de celui-ci réside particulièrement dans le fait que, même ainsi avertis, ils ne peuvent que se prendre au bonheur de la lecture et être curieux de connaître le dénouement. Ceux qui ne connaissent pas les précédents ouvrages éprouveront le plaisir de la découverte.

Aki Shimazaki, déjà lauréate de notre Prix et souvent présente dans nos sélections, possède un talent rare pour faire vivre ses récits de manière prenante. Ils sont toujours imprégnés de cette culture japonaise dont l'écrivaine demeure détentrice et qu'elle sait mettre en valeur. Maïmaï , selon l'éditeur, mettrait fin à une série. On a peine à le croire, tant l'issue laisse place à des prolongements. 

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Commentaires

13.06 | 01:04

Merci pour votre coup de coeur qui est enregistré;

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12.06 | 21:42

belle découverte avec TAQAWAN d'Eric Plamondon : belle construction, roman hybride qui garde une belle cohérence !

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07.06 | 11:23

Merci pour vos coups de coeur qui sont enregistrés

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06.06 | 16:59

3livres m'ont particulièrement touchée:
Je suis seul de Beyrouk ;Frère d'ame de David Diop et Fuki-No-To d'
Aki Shimazaki

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